Etrange festival (2022) (Jours 3 et 4) (Ne dis rien, Batch'81)





Après avoir traumatisé les spectateurs de Sundance et laissé un froid glacial suite à son passage, "Ne dis rien" (Speak no evil) débarque alors à l'étrange festival. Co-production entre les Pays-Bas et le Danemark, le long-métrage de Christian Tafdrup amorce un home invasion inversé et vicieux en brillant par sa subtilité, son intelligence et sa cruauté.

Lorsqu'une famille décide d'en traumatiser une autre on peut rentrer dans certaines considérations propres à Hanneke, mais ici l'austérité laisse place à une ambiguïté morale distinctive.

Une dualité constante tiraille ainsi le spectateur; s’immisce entre les personnages et s'ancre dans une tension progressive qui nous happe.

"Ne dis rien" tire concrètement toute sa force dans ses intentions, les sous-entendu, les non-dit, les ambiguïtés. C'est là un véritable numéro d'équilibriste qui expose assez clairement ce qu'il veut montrer mais reste surprenant par sa mise en scène, son déroulement, ses interactions, jusqu'à terminer en apothéose sur un final choc et malsain.

Certains spectateurs lui reprochent un cynisme trop imprégnant et une certaine "gratuité" alors qu'il s'agit là surtout de fatalisme dans toute son inévitable cruauté et d'une forme de paroxysme de la domestication humaine.

La claque du festival.



Lui aussi non pas dénué de cruauté et partageant un même intérêt prononcé pour les faiblesses de la psychologie humaine, "Bach 81" (de 1982) du Philippin Mike de Leon possède tout d'une œuvre culte et se réfère à bien d'autres films incontournables plus anciens. Si l'on veut donc coller une description loufoque à cette histoire d'initiation sadique dans une confrérie étudiante en zoologie, considérons la comme une sorte d'Orange mécanique (notons d'ailleurs les références à l'expérience de Milgram) Philippin avec un opéra nazi joué par des travelos, le tout sur des influences de "Salo ou les 120 journées de Sodome" et de "The warriors".

Comment donc ne pas être alléché ?

En réalité, en dépit de ses influences "Bach'81" possède bien son identité et s'avère être une petite curiosité hautement qualitative dont même la musique - à l'instant des œuvres précitées - ne cesse de raisonner en nous une fois le visionnage terminé.


- Tinam (S.M)


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