Étrange festival (2021) (Jours 4 et 5) (Le fièvre de Petrov, Oranges sanguines)



Film Russe contemplatif et multi-temporel d'une durée de 2 heures 20, nous voici prévenu des inclinaisons de la "Fièvre de Petrov" dont il semble planer, au dessus, l'influence d’œuvres oniriques cultes telles que la "Clepsydre" de Wojciech Has. Un portrait alléchant.

Fragmenté en plusieurs époques, les souvenirs d'un alcoolique errant sous l'emprise d'une intense fièvre nous guident sur multiples histoires entrecroisées et guidées par une photographie stupéfiante adaptée selon le contexte du moment. Techniquement bluffant, nous passons même par différents formats d'images, et ce jusqu'à une transition de la couleur au noir et blanc.

La narration, quant à elle, nous transporte mais parfois nous perd à la confluence de ses différentes histoires, certaines plus passionnantes que d'autres (probablement tout de même essentielles au fil).

Pour autant, si "La fiévre de Petrov" de Kirill Serebrennikov s’ avère formellement beau il n'en demeure pas moins parfois surprenant (naviguant du violent à l'idyllique, du grotesque au sérieux...)- dans le bon sens - lorsque la narration se perd trop dans ses épilogues.




Voilà ce que l’on peut considérer clairement comme le meilleur film de l'étrange festival jusqu'à maintenant et on ne vous cache pas la fierté de constater que c'est encore un film Français.

Après l'excellent "Barbaque" de Fabrice Eboué, montons encore un cran au-dessus avec cette petite pépite qui nous a asséné claque à laquelle qu’on n’attendait pas : "Oranges sanguines".

Jean-Christophe Meurisse nous dresse le portrait d'une France meurtrie et détraquée par l'intermédiaire du quotidien de différents protagonistes (une jeune fille dérangée, un ministre véreux, un détraqué sexuel, un couple de retraité endetté fan de rock...) qui s'entrecroisent dans un cocktail explosif et singulier.

On pense parfois à Ulrich Seidl, le naturalisme et l'austérité en moins. Pour autant, Oranges sanguines est plus dynamique, plus acide, aussi plus accessible et plus punk.

Délicieusement satirique, la justesse de l'écriture et du propos scotche le spectateur tout en le malmenant et parvient à mettre en place un ascenseur émotionnel diablement bien dosé où l'on passe sans transition aucune du rire au drame.

C'est étonnamment subversif - parfois déviant aussi (aucune chance pour que celui-ci passe sur TF1 - surtout à cause d'une scène bien corsée) - et rien n'est laissé au hasard, jusqu'au moindre dialogue - toujours percutant - qui ne se fourvoie jamais dans le remplissage anecdotique.

Une véritable "tragédie" où l'on commence à rire de bon cœur pour progressivement rire jaune.

Vraiment une grosse surprise et probablement la meilleure comédie dramatique Française depuis l'incontournable "Bernie" tout aussi pertinent dans sa satire sociale.


- Tinam.


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