Critique : Oltre la follia – Beyond Madness (2016) (Luigi Zanuso)

Aujourd’hui, je suis quelque peu embarrassé. Je dois toucher quelques mots à propos de Beyond Madness mais je ne sais pas par quel bout prendre la chose. On a affaire à un porno estampillé « surréaliste » ; traiter ce genre de chose est toujours délicat. Par définition c’est un cinéma qui s’exempte et s’éloigne des codes classiques. Il faudrait donc l’appréhender d’une manière qui sorte un peu « des clous ». Ayant déjà une tendance naturelle à m’enfiler les clous par le mauvais trou, il ne me reste plus qu’à faire confiance à cette tendance. Subsiste tout de même cette méfiance naturelle à se montrer trop péremptoire vis-à-vis d’une œuvre « atypique ».

C’est sans surprise que je vous annonce qu’il n’y a pas vraiment d’histoire. On assiste à une suite de scènes ponctuées de citations « philosophiques » liminaires (avec comme continuum entre les scènes un vieux dans un fauteuil). On trouva par exemple une punch-line de Diogène de Sinope au début du métrage. On voit alors un vieux en toge (le même que celui du fauteuil j’imagine) lever une lanterne devant des gens à poils. Chez Diogène la lanterne symbolisait sa quête de « l’Homme », c’est-à-dire d’un individu qu’il puisse considérer comme tel (on parle d’un mec qui a trollé Platon et Alexandre le Grand). Voir un porno s’ouvrir sur de telles considérations peut surprendre mais ce qui suivra ne trouvera qu’une résonance limitée avec ce début.


Passé notre exorde malicieux donc, on entre dans le « vif » du sujet. Bien qu’il y ait plusieurs scénettes, une logique se dessine. Le « gros de l’œuvre » s’articule autour de problématiques bouchères. Pour le dire plus clairement, les divers actes sexuels mettent en scène des pièces de viandes et autres organes animales. On peut voir, par exemple, une femme essayer de s’enfoncer une langue de bœuf (à mon avis, hein, je suis pas un expert) dans le vagin ; pour rester sur le vagin, elle y insère, cette fois avec succès, des yeux entiers (d’animaux toujours). A lire ceci, deux réactions possibles : soit un sourire coquin prend forme sur vos lèvres (et dans ce cas vous êtes de fieffés filous) ; soit la chose vous laisse totalement indifférent et vous semble absurde (il pourrait y avoir une troisième solution mais je pars du principe que votre présence sur sadique-master vous prémunit d’un certain dégoût). Ce qui m’apparait comme problématique ; s’il existe une possibilité qu’une scène puisse être vécue comme « rigolote » dans un film aux velléités tout sauf clownesque, alors on peut s’interroger.

A partir de la scène déjà évoquée concernant Diogène et de l’omniprésence de la viande, on peut se dire que la thématique s’oriente sur la « perte » ; que ce vieux en toge que nous vîmes au début du métrage, n’a pas trouvé « l’Homme » recherché. La folie du titre serait donc celle d’un monde où l’homme a été vidé de sa substance réduit à de la simple chair qu’il se dépêche de « consommer » (à de multiples reprises une femme met un large panel de l’anatomie animale dans sa bouche, en plus de jouer sexuellement avec). Ouais mais en fait non. L’explication semble séduisante sauf qu’elle n’émerge jamais du film. La succession de ces scènes pensées comme « étranges » (enfin j’imagine) ne laisse aucun sentiment d’unité conceptuelle ou thématique. Ce qui est tout à fait déstabilisant car si le propos apparait hétérogène, la forme, elle, est assez homogène. Il y a déjà cette alliance de sexualité débridée et de morceaux de barbaque mais il y a surtout la forme.


Il s’agit de la chose la plus surprenante concernant Beyond Madness, la quasi absence de parti-pris de mise en scène fort. Avec l’étiquette « surréaliste » on s’attend à une approche osée et singulière. Que nenni ! Tout est sobrement filmé, avec une certaine « simplicité » et à l’occasion une certaine « maladresse » (à plusieurs reprises l’ombre du cameraman vient carrément parasiter la scène (merci les gros éclairages dans le dos !)). On a l’impression que le surréalisme qu’on nous « vend » concerne seulement ce qui se déroule à l’écran et non la manière dont tout cela nous est montré.

Effectivement voir des gens se livrer à des actes sexuels dans un décor rempli de mannequins, de vases et de morceaux de viandes, peut être considéré comme atypique. Mais si la caméra ne propose pas une expérience sensorielle ou formellement marquante, on perd en intensité.

Le lecteur aura sûrement compris que Oltra la follia ne m’a pas captivé, pour une raison assez simple : la mise en scène. La chose a été évoquée un peu plus haut mais j’insiste encore. C’est, pour moi, fondamentalement problématique de constater l’absence totale de parti-pris cinématographique. Pour autant le métrage reste une curiosité car on ne voit pas souvent ce type de traitement.

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