Étrange festival (Jours 7 et 8 ) (Limbo, Bruno Reidal)




Mardi 14 septembre

Film événement aux échos déjà retentissants suite à ses projections en festival, j'entame cette journée avec Limbo, film Chinois de Soi Cheang. Dans les bas-fond d'un Hong Kong crépusculaire un flic et sa jeune recrue partent à la chasse d'un tueur en série dont le rituel consiste à découper les mains des femmes. Narré comme un thriller haletant, Limbo subjugue avant tout par son sublime esthétisme noir et blanc contrastant curieusement avec les rues glauques et sales que ses protagonistes arpentent en s'enfonçant dans les profondeurs de la ville mais aussi de l'âme humaine. Outre son fil conducteur, plusieurs histoires périphériques s'entrecroisent et intègrent des éléments dramaturgiques déjà bien connu de certains thrillers Coréens ultra-violent. Et ultra-violent, Limbo ne l'est pas moins. Violence viscérale, glauqueries survenant spontanément par moments, rien n'est vraiment aseptisé sauf, hélas, une fin plutôt discutable. Si l'on excepte cela, ce long-métrage de Soi Cheang séduit et propose, surtout, une expérience esthétique hors norme doublé d'une excellente réalisation.


Mercredi 15 septembre


Lors de cette édition de l'étrange festival nous avons pu constater une sélection de films Français plus que qualitative avec les notables "Barbaques"et "Oranges sanguines". Autant dire que "Bruno Reidal" de Vincent Le Port ne déroge pas à cette surprenante et agréable effervescence de productions nationales clairement appréciables. Par étape, il y retranscrit la naissance, l'évolution et l'arrestation d'un adolescent coupable du meurtre d'un enfant de douze en sans raisons apparentes et avec une certaine cruauté. L'approche ethnologique héritée du "Moi, Pierre Rivière" de René Allio est ouvertement déclamée.

Bruno Reidal est un jeune garçon, un paysan introverti en proie à ses pulsions qu'il tente de canaliser par divers moyens. Confus dans ses sentiments et ses représentations des choses, il confond Eros et Thanatos et voit la mort comme une exaltation de la pulsion de vie. Avec une justesse stupéfiante, ce journal intime en voix-off emporte le spectateur dans les méandres des plus sombres aspects de la psychologie humaine. Avec précision et cohérence, rien n'échappe à Vincent Le Port qui décortique tout minutieusement, sans concessions (avec une scène clé clairement pas aseptisée) - des déviances sexuelles envahissantes aux habitudes quotidiennes - et l'expose avec un certain lyrisme au spectateur.

D'un fait divers (réel) de meurtre d'apparence banal, son réalisateur parvient à en extraire toute la profondeur et à transposer ça dans une oeuvre anthropologiquement fascinante et troublante.


- Tinam.

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