Vore Gore (2021) (Anthologie) (chronique)


Qu’est-ce que la voraphilie ? Rien de moins qu’une paraphilie née du désir et de l’excitation de se faire dévorer – de préférence entièrement – par quelqu’un ou par/de soi-même. Dans une nouvelle initiative créative atypique, le réalisateur Italien (que l’on ne présente plus) Domiziano Cristopharo décide de consacrer une anthologie exclusivement à cette thématique.

En guise de fil conducteur, le court-métrage « Mouth » réalisé par Mikel Balerdi introduit et compartimente les différents segments par une bouche pulpeuse ornée de différents artifices qui se charge des présentations. Ainsi, tout démarre avec « Sweet as«  Honey d’Emanuele Marchetto dans lequel un apiculteur au contact des abeilles fantasme de se faire dévorer par…lui-même. Quelques jolies représentations de son autophagie introduisent ainsi les choses en douceur. Plus radical, Finger Licking Good (Lorenzo Dante Zanoni) présente un jeune homme en visionnage compulsif de films pornographiques qui décide, dans un élan auto-destructeur, de se mutiler intégralement. Œil, langues, doigts, pénis, il se dégrade salement et s’arrache même différentes parties de son corps – jouant avec certaines – devant une caméra qui n’épargne rien spectateur et ne tient définitivement pas à faire du suggestif ou de l’implicite. C’est gratuit, viscéral (même si certains FX se voient plus que d’autres), ça fait du bien (ou du mal).

Retour de Poison Rouge (responsable de l’inoubliable « Sacrifice) avec « Please, not my mouth » qui, en plus de nous faire le plaisir de revenir derrière la caméra, s’offre aussi comme principale protagoniste d’une séance de torture à l’aide d’un tournevis sur un homme qu’elle s’imagine exécuter dans son bain, posément occupée à écouter de la musique. Le tout sur du power-noise ultra violente en guise de bande son. Efficace et brutal.

Petite transition vers un adoucissement de l’explicite et du frontal avec le segment « Italian Ladies do it Better » d’ Irène Jones Baruffetti qui emprunte une tournure plus narrative. Une dessinatrice de mode sollicitée par une prestigieuse agence de mode reçoit une mission bien particulière afin de jauger sa comptabilité avec les critères recherchés : créer une robe selon son imagination. Mais aucune de ses créations ne semble correspondre, et elle sombre rapidement dans une folie ponctuée d’auto-mutilation qui vont lui permettre, elle l’espère, de créer la robe ultime. Malgré une réalisation convaincante, la volonté d’instaurer une réelle narration scénarisée sur un si court laps de temps plombe parfois le rythme avec quelques lenteurs que les excès gore ne suffisent pas à combler.

Cette fois-ci, aucun scénario ni aucune réelle narration puisqu’il s’agit d’une expérimentation gore art-house pure et dure signée du réalisateur Québécois Patrick Fortin. Ainsi, avec « Infernal Gluttomy 2 » nous assistons à un déluge de gore organique exécuté par un ogre qui décide de tout dévorer et découper, lui y compris. Difficile de bouder une telle générosité.

Escale vers le réel avec un nouveau segment White Gardiena (pseudonyme du performance « Daniel Valiente ») déjà repéré dans l’anthologie XXX Dark web ou ce rude personnage se découpait réellement un doigt pour finalement le déguster avec une demoiselle. Dans « Yummy Fur« , la performeuse Cherokee Nevin se livre à de semblables excès corporels irréversibles avec une séance de masturbation (toujours « réelle ») au ciseau se terminant en apothéose avec décapitation de ses lèvres vaginales. Malgré le degré de radicalité de cette performance, on ne retrouve pas la réalisation malsaine du premier segment de Valiente. Pour autant, ce court-métrage n’en demeure pas moins le plus perturbant de cette anthologie.

Dérogeant curieusement quelque peu avec sa propre thématique, Domiziano Cristopharo réalise avec « Stretching » une curiosité pour le moins singulière où l’on découvre un homme obsédé par les cavités; spécialement les plus exiguës possible où les hommes ne peuvent qu’avec grande difficulté se faufiler. On peut ainsi comprendre tout de même que les « trous » dans lesquels cet homme s’engouffre le dévorent. Claustrophobie et Freudisme au rendez-vous pour ce segment déroutant mais tout à fait maîtrisé.

Tout aussi symbolique, « The Egg » de Dario Almerighi  cloture cette anthologie avec un court-métrage particulièrement esthétique dans lequel un homme enterre un œuf dans une forêt. De cet œuf né une femme qu’il tue, et de ses entrailles surgit une nouvel œuf qu’il décide d’avaler. Bien que l’on ne sache pas vraiment où se situer, ce segment n’en demeure pas moins mystérieux et doté d’une belle photographie.

Disponible bientôt chez Tetrovidéo.

Tinam (S.M)

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