L’étrange festival (2020) (jours 9,10, 11) (Shakespear Sh*storm, The trouble with being born, Lux Aeterna + Palmarès )

Jeudi 10 septembre

Séance grandement attendue de cet Étrange festival, la nouvelle fable TROMAtique riche en fluide signée Llyod Kaufman ne manque pas d’allécher les fans de la production puisque son réalisateur/producteur la vante comme le plus ambitieux des projets mené par la firme. Successeur inévitable du mémorable « Tromeo et Juliette » réalisé 2 décennies auparavant, ce détournement Shakespearien pointe évidemment une nouvelle fois l’industrie pharmaceutique, mais pas seulement.

Outre les gros riches méchants, obèses, condescendants, avares et vulgaires, Kaufman décide d’attaquer aussi les SJW (social justice warriors) et le politiquement correct ainsi que l’extrême aseptisation qu’ils imposent à la société contemporaine. Ajoutons à cela une scatophilie (insécable au concept même du film – la « tempête de merde ») généreuse saupoudrant l’habituel déluge de sperme, d’hémoglobine, de seins et la recette est prête. Ainsi, Shakespear Shitstorm propose une jouissance démesurée comme on l’aime, mais malgré l’envergure de la production on se surprend à constater que l’essentiel se déroule dans ce bateau, en 8 clos, entre orgies ininterrompues et plans machiavéliques. Malgré l’évident plaisir qu’il procure, ce dernier Troma certes ambitieux ne détrône cependant par les chef-d’œuvre de la production tels que Poultrygeist ou Toxic Avenger.

Vendredi 11 septembre

Virage radical à 180 degré pour cette oeuvre nettement plus sérieuse qui convoque la SF d’anticipation la plus réaliste au milieu d’un contexte social déconcertant. La thématique de l’androïde sensible et du rapport à l’humanité ne nous semble pas inconnue, mais quelques sujets plus épineux viennent là se greffer. On pense notamment à l’utilisation de l’androïde quant à la représentation humaine qu’elle duplique et les ambiguïtés que cela peut poser. Difficile d’en dévoiler davantage sans spoiler, mais avec cette perspective « The trouble with being born » de Sandra Wollner parvient à instaurer un malaise palpable et à engendrer des réflexions philosophiques perturbantes.

Bien que certains se sentent arnaqué pour moultes raisons par le cinéma de Gaspar Noé, j’ai toujours été parmi ceux qui le défendent ardemment jusqu’à le considérer comme probablement l’un des meilleurs réalisateurs Français.
Que ça soit « Carne », « Seul contre tous », « Irreversible » ou « Enter the void », son cinéma m’a toujours happé et bouleversé.
Petite déception cependant avec « Love » dont la narration (trop éculée) semble avoir pris le dessus sur l’intensité et où une certaine forme de formalité remplace la subversion qu’on lui connait et au sein de laquelle son génie culmine. Ainsi, suite à cette déviation de parcours beaucoup pensent que Gaspar Noé s’embourgeoise et que son talent s’éteint.
Fausse alerte : Il nous assène une nouvelle claque dans la gueule avec « Climax » qui cristallise ce qu’il sait faire de mieux à travers le cinéma haptique déjà pratiqué via « Irréversible » et « Enter the void » . En plus, le flm est lourd de sens. Énormes attentes donc pour Lux Aeterna qu’il présente lui-même indirectement comme un film de commande puisqu’il déclare l’avoir réalisé dans une forme de précipitation à semi avouée pour rentrer dans la deadline que la production Yves Saint Laurent lui a fixé, avec son accord.
Dés l’introduction, on comprend que ce film où la sorcellerie occupe surtout une fonction allégorique traite avant tout du cinéma et plus précisément des tournages de cinéma.
On déguste du stroboscope plus qu’il n’en faut, Noé nous frappe avec son habituelle auto-contemplation souvent paradoxalement pertinente (là où cela peut vite devenir indigeste si le réalisateur n’assure pas derrière) mais hélas la forme l’emporte rapidement sur le fond et les excès visuels et narratifs (avec, dans la direction d’acteur, l’hystérie qu’on lui connait) ne semblent cette fois-ci pas justifiés.
On essaie d’adopter son style qu’on connait bien, mais la pilule ne veut là manifestement pas passer. Quelques idées pas dénuées d’intérêt parsèment le tout (étant lui-même extrêmement référencé – entre amour et aversion pour le cinéma), le concept du film sur le tournage peut allécher au premier abord, mais rapidement on se confronte surtout à un pur et dur exercice de style et à pas grand chose de plus.

Finalement, dans la filmographie de Noé, Lux Aeterna est son oeuvre la plus secondaire, presque périphérique, dû à un certain bâclage probable. Pour autant, je n’en demeure pas moins curieux de savoir comment il va se renouveler dans ses œuvres suivante et je reste évidemment adepte de son cinéma.

  • PALMARÈS

COMPÉTITION INTERNATIONALE LONG MÉTRAGE GRAND PRIX NOUVEAU GENRE CANAL+ TOMIRIS Akan Satayev – 2019 – Kazakhstan – 126’ – Épopée historique – Couleur

PRIX DU PUBLIC KAJILLIONAIRE Miranda July – 2020 – États-Unis – 106’ – Comédie – Couleur

COMPÉTITION INTERNATIONALE COURT MÉTRAGE GRAND PRIX CANAL+ AMANDINE Juan Carlos Mostaza – 2020 – Espagne – 18’15’’ – Fiction – Couleur

PRIX DU PUBLIC NUAGE Joséphine Darcy Hopkins – France – 28’57 – Fiction

Tinam (S.M)

Sadique-Master 2020 – droits réservés

0 Partages
Cet article a été publié dans Critiques, festival, Horreur and tagged , , , , , , , , , , , , , , , , , . Mettre en favori lePermalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *