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L’étrange festival (2018) (jours 9, 10 et 12) (Frig, Buybust, The house of that jack built)

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Jeudi 13 septembre

Au grè des années, nous pouvons remarquer que l’étrange festival s’assagit en proposant moins de cinéma véritablement « extrême ». Pour avoir déjà visionné les précédents longs métrages d’Antony Hickling, les différents commentaires (ainsi que la commission de censure qui l’a immédiatement interdit – inévitablement- au moins de 18 ans)  autour de « Frig » l’annonçaient comme son plus radical, or c’est évidemment avec une certaine impatience que se faisait attendre cette séance. Librement inspiré de Sade (mais aussi de Bataille) et plus spécifiquement des 120 journées de Sodome, nous assistons à une rupture amoureuse théâtralisée autour de trois actes symbolisant les fameux « cercles » Sadiens : Amour, merde et sperme. Ainsi, en 8 clos dans une pièce sans décor s’amorcent différentes pratiques sadomasochistes auxquelles multiples protagonistes viennent se joindre autour de ce qui peut s’apparenter à un rituel cathartique avant la sérénité. Les fluides corporels maculent les murs de cette antichambre du vice à la façon d’une toile d’art abstrait tandis que les sentiments les plus extrêmes se déchaient et s’expriment. De toute sa filmographie, Antony Hickling propose avec Frig un flot ininterrompu de violence autant graphique que psychologique saupoudré de divers excréments et de scènes clairement gores qui nous font, par cette occasion, réévaluer quelque peu l’audace de l’étrange festival à proposer une oeuvre telle que celle-ci. Découpées en deux parties complémentaires, lorsque la rage exprimée par la première finit par s’estomper, les protagonistes reviennent à une pureté sensément originelle. Avec cette oeuvre organique,  intense, perverse et sensuelle, Antony Hickling semble exprimer avec Frig la quintessence de son cinéma.

Vendredi 14 septembre

Après Headshot des Mo Brothers diffusé l’an dernier, l’étrange festival met à l’honneur un nouveau film oriental ultraviolent rythmé par des bruits d’os brisés et de lames s’enfonçant dans la chaire. Buybust du Philippin Erik Matti reprend le concept du guet-apens géant  propre au premier « The raid » mais à l’horizontale puisque cette-fois ci les forces de l’ordre ne sont pas enfermées dans une citadelle mais dans une immense favelas gérée par les gangs.  Évidemment, le scénario ne prétend aucune transcendance et les retournements narratifs reposent souvent sur des histoires de corruption, de trahison servant surtout de prétexte à livrer une bonne dose d’adrénaline savamment rythmée et provoquant ni plus ni moins qu’une certaine jouissance chez le spectateur.

Nouveau film tant attendu du maestro Lars Von Trier, The house that Jack built crée des scandales à Cannes et suscite de nouvelles controverses autant par le contenu de l’oeuvre que par la communication satirique et irrévérencieuse de son réalisateur. Nous savons cependant le public Cannois facilement outré, or le potentiel subversif de cet ultime joyau demeurait jusque-là incertain. L’histoire quant à elle nous narre le quotidien d’un tueur en série surnommé Mister Sophistication dont le parcours meurtrier s’est introduit sur un quiproquo marquant par cette même occasion le ton loufoque gouvernant l’intégralité du film et ne cessant de s’accentuer durant son évolution. Génie à l’esprit machiavélique, Trier s’obstine à exposer l’absurdité des exactions d’un tueur en série en disséquant les moindres codes du genre afin de les confronter à une réalité imparfaite, imprévisible mais pourtant idéalisée dans l’esprit de Mr Sophistication. Avec un cynisme non dissimulé, il brise successivement chaque tabou et insiste encore afin de provoquer une surenchère jouissive et se confronter presque personnellement à la morale de son spectateur, mais surtout à l’éthique de ses plus ardents détracteurs.
Ode à la noirceur, l’humour corrosif de Trier semble, comme bon nombre de ses traits de personnalité, se transposer à travers le personnage de Mr Sophistication haïssant l’innocence, les enfants, les femmes et jouxtant même tendancieusement avec une certaine sympathie pour le nazisme. Afin de surplomber les propos déjà hautement méprisants envers à peu près toutes sortes d’individus existant sur cette terre, notre Danois préféré exprime frontalement un narcissisme en se paraphrasant tel un dieu afin d’anticiper et d’asticoter l’aigreur de ses détracteurs l’injuriant assurément de « prétentieux ». Réalisé par n’importe qui d’autre et détaché de ses différentes symboliques (bibliques et métaphysiques pour sa dernière partie) The house that Jack built pourrait certainement devenir une oeuvre immature et puéril sans grande consistance, or il s’avère qu’elle s’érige en ode à l’immoralité (d’ailleurs non pas avare en gore) marquée par une transgression pure. Que dire..Un nouveau chef d’oeuvre au compteur ?

– Tinam (S.M)

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