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L’étrange festival (2017) (jour 10-11-12) (Le démon de Laplace, Les garçons sauvages, Thelma, Une prière avant l’aube)

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Vendredi 15 septembre

Quelque part entre le cinéma expressionniste des années 30 et le cinéma noir des années 50 se trouve Le Démon de Laplace réalisé en indépendance par Giordnano Giulivi aussi responsable des 3 années d’écritures derrière ce génie scénaristique. Basé sur l’ouvrage « Essai philosophique sur les probabilités » de Pierre-Simon Laplace, l’expression du Démon Laplace provient certainement du Démon de Maxwell qui partage certaines similitudes déterministes – bien que ce second s’axe davantage sur la thermodynamique. Ainsi, sur un postulat mathématique énigmatique, Giordnano Giulivi triture les méninges du spectateur et associe la stimulation intellectuelle au mystère du cinéma d’épouvante pour un jeu de rôle involontaire en grandeur nature dans un manoir au sein duquel des chercheurs scientifiques découvrent être les pions d’une machination infernale irréversible.
L’originalité de la réalisation masque complétement le risible budget et le scénario captive du début à la fin, alors même ce cinéma singulier peut faire certaines hermétiques (qui n’hésiteront pas à qualifier la chose de masturbation intellectuelle) par ses choix radicaux, nous nous réjouissons de cette curiosité obscure.

Séance attendue de la journée, prenons maintenant place pour le premier long métrage de Bertrand Mandico : Les Garçons sauvages. Déjà séduit par ses précédentes œuvres en format court dont le sublime Hormona diffusé en séance de clôture de la 3éme édition du Sadique-master festival, avec cette nouvelle expérimentation Bertrand Mandico s’essaie dans une continuité radicale puisqu’il passe immédiatement d’un métrage de moins de 40 minutes à une épopée fantasmatique de presque 2 heures en noir et blanc. Après un meurtre brutal, cinq adolescents violents se retrouvent sur une île sauvage en compagnie d’un homme censé les changer. Les outils thérapeutiques mystérieux passent par une autorité draconienne tandis que des discordes naissent entre les jeunes et que l’île sauvage mais néanmoins paradisiaque semble étrangement vivante. Confronté au désir sous différentes formes, ces garçons aussi sauvages que la terre qu’ils foulent se retrouvent en proie à des transformations physiques. Sans me risquer à spoiler, ce long métrage de Mandico brille par son audace et ses quelques longueurs presque inévitables disparaissent face à une originalité captivante où la nature libidineuse et pulsionnelle se retrouve acculée dans ses contradictions les plus fondamentales.

Samedi 16 septembre

La crise existentielle de l’adolescence et la découverte de sa nature ont déjà fait l’objet du sublime « Morse » de Tomas Alfredson et continuent à travailler l’esprit des cinéastes Scandinaves puisque Joachim Trier s’y consacre à nouveau. En effet, Thelma change de tranche d’âge et retrace le parcours initiatique d’une jeune femme meurtrie par sa timidité, ses différences et ses sentiments. Mais quelque chose de plus singulier l’habite et la distingue de ses camarades. Rapidement, le charme épuré du cinéma Scandinave se ressent dans une réalisation emplie de grâce, une interprétation criante de justesse et de sensibilité. Par son propos, Thelma ne se démarque pas forcément de œuvres antérieures, mais sa beauté envoûtante contient un charme auquel il est difficile de ne pas être sensible.

Dimanche 17 septembre

Le cinéma carcéral nous a déjà offert des chef d’oeuvre d’une redoutable noirceur et nous imaginons mal comment surpasser des films tels que Midnight Express ou Dog pound. C’était sans compter sur le redoutable « Une prière avant l’aube » de Jean-Stéphane Sauvaire qui nous captive, nous essouffle et nous broie. Nous y suivons l’histoire du Boxeur Billy Moore expédié dans une des prisons les plus sordides de Thaïlande pour détention de drogue. Un délit dérisoire pour un véritable cauchemar que nous ressentons à chaque instant avec une incroyable précision émotionnelle.  L’immersion sensorielle parfois proche du cinéma de Philipe Grandieux s’applique avec une intelligence déconcertante dans chaque situation, de la plus anodine jusqu’aux violents combats sur le ring où chaque coup nous est comme asséné directement dans les tripes. Par-dessus cela, l’immersion situationnelle prend à la gorge le spectateur jusqu’à littéralement lui ancrer durant le visionnage toutes les sensations de son protagoniste. Pour maintenir la crédibilité, les détenus de la prison sont de réels prisonniers et les dialogues en Thaïlandais non traduit afin de nous confronter face à la même incompréhension et à la même impuissance que Billy more qui tente d’apprendre progressivement les codes et la langue par mimétisme.  Rarement une telle rage n’a gouverné un film avec une telle authenticité – et nous en ressortons absolument subjugués.

– Tinam (S.M)

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