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Dead Past (2010) (Daniel Flügger) (Critique)

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Dead Past, par bien des aspects, est un film étrange. Non pas cette étrangeté lovecraftienne, point de tension magnifique entre l’indicible et l’ineffable ; il s’agit d’une étrangeté extrêmement concrète qui confine à la perplexité. Car des forces contradictoires traversent le film et finissent par l’épuiser. Mais commençons par le début.

C’est l’histoire d’un pauvre diable qui vient de perdre son amie, assassinée dans la maison de campagne du couple, par un homme énigmatique, vilain selon toutes apparences. On va donc suivre notre héros malheureux, reclus dans cette mystérieuse maison de campagne, miné par la disparition de sa chère qui n’est plus très tendre. A partir d’un point de départ assez classique, Dead Past se permet des libertés quant au genre qu’il entend investir de prime abord. Les premiers soubresauts nous laissent penser à un film fantastique à l’atmosphère glauque et malsaine. Une scène de sexe enfiévrée dans un sous-bois obscur présage même du meilleur. Mais il n’en est rien, lecteur affable, car vient se glisser comme un chat dans une marmite, des scènes d’actions. Ou plutôt des scènes de bagarres. Oui, carrément, des « petits poulets » qui se filent des bourre-pif. Malheureusement rien à voir avec Adam Chaplin, ici tout est mou et ponctué d’un travail sonore irritant au possible (les coups sont appuyés par des bruits d’une élégance patentée). Il s’agit là d’un premier problème.

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Le film veut également instiller une ambiance inquiétante autour de cette maison et de la forêt environnante mais le tout retombe grassement avec ces scènes de bastons laides en plus d’être hors de propos. La mise en scène souffre également de ce genre de tension problématique. On sent que le réalisateur veut faire quelque chose, or ses tentatives sont souvent infructueuses. On voit des séquences avec des mouvements de caméra étranges, comme si le mouvement devenait une fin en soi (un simple plan d’ensemble se voit agrémenté d’un petit effet sans que cela n’ajoute quelque chose). On trouve, par ailleurs, des raccords dans l’axe pas toujours très heureux et un montage qui se permet, à l’occasion, de cuter séchement un travelling compensé. La lumière est également problématique. Si certaines séquences sont vraiment convaincantes (je pense à la scène de sexe déjà évoquée), le reste souffre d’une hétérogénéité troublante (des éclairages très marqués côtoient de la lumière naturelle et des filtres un peu dégueulasses).

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Pour finir d’ombrager un tableau déjà trop cerné par les ténèbres, les acteurs ne sont d’aucuns secours. De telles performances ne dérangent pas dans un splatter mais ici elles rendent les personnages grotesques (avec en haut du panier des flics en totale roue libre) et annihilent donc tout le travail sur l’ambiance.

Dead Past tente beaucoup de chose, et c’est tout à son honneur ; mais il ne réussit presque rien. Il est ambitieux dans sa conception ; mixer des ingrédients fantastiques tendant vers un onirisme noir à des scènes d’actions est un pari osé, mais le résultat déçoit. Par excès, le film se perd en route. Reste donc une œuvre imparfaite mutilée par sa propre ambition.

Antarès

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Homme sans montre qui regarde défiler les heurts.

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