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Interview des réalisateurs Michal Kosakowski et Andreas Marschall dans le cadre de la première belge de German Angst au Bifff 2015

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Présents pour l’avant première Belge de « German Angst » au Bifff 2015, Michal Kosakowski (Zero Killed) et Andreas Marschall (Tears of Kali, Masks) ont accepté une interview exclusive pour Sadique Master. Focus sur ces deux sympathiques et talentueux réalisateurs, sur leurs oeuvres  et sur la naissance de « German Angst ». (Propos recueillis et traduits par BL -Otis aka Adam-,  et Alan Deprez que je remercie chaleureusement pour ses conseils et pour m’avoir fait profiter de son expérience en matière d’interviews, certaines questions ont également été rédigées par Tinam).

Michal Kosakowski et Andreas Marschall :

Lancer une anthologie propre au cinéma transgressif allemand – comme vous l’avez fait avec German Angst – est une entreprise ambitieuse. Comment est née cette idée et qui en fut l’instigateur?

Andreas: Cette idée m’est venue lorsque je faisais la promotion dans les festivals pour « Masks », les gens me demandaient pourquoi il n’existait pas d’anthologie du cinéma transgressif allemand, et ce que faisait Jörg butegreitt depuis 20 ans. je le connaissais depuis 1983, époque à laquelle je réalisais les affiches de ses films, je l’ai donc appelé et lui ai demandé de faire un film avec moi, il ne pouvait pas me dire non dans la mesure ou il ne m’avait pas payé des masses (rires) et la chose amusante est que lorsque nous sommes tombés d’accord pour faire quelque chose ensemble, j’ai rencontré Michal dans un festival en Transylvanie, il présentait l’avant-première de son film « Zero killed »  et nous nous sommes rendus comptes que nous étions presque voisins à Berlin (rires). Michal est également producteur et il a une faculté incroyable pour organiser les choses, nous sommes donc devenus partenaires dans cette aventure.zk

Vous venez de nous expliquer que Buttgreit n’avait plus rien réalisé depuis 20 ans, quelles sont ses occupations? 

Andreas: Il fait du théâtre, il a aussi une émission de radio; il est également critique cinématographique.

SM: Vous êtes tous des réalisateurs issus du cinéma transgressif allemand, mais pourtant, vous avez tous trois un style. Adaptez-vous chacun votre genre à l’autre pour rendre l’ensemble plus homogène ? Partagez-vous un fond commun dans chacun de vos segments ? (Tinam)

Andreas: Nous nous sommes efforcés d’être complètement différents pour chacun de nos segments,et chacun d’entre nous respecte la vision des autres réalisateurs. Je pense que ce qui est intéressant dans German Angst, est que grâce à nos différences,  le rendu de chaque segment en devient plus contrasté pour au final rendre l’ensemble homogène.

Michal: Donc nous avons créé German Angst, et chacun a préparé sa propre histoire, nous n’avons pas pensé à un style commun car chacun d’entre nous avait sa propre signature, et c’est ce que nous avons décidé de faire, c’était aussi mon rôle de producteur de donner une liberté intégrale aux réalisateurs – mais aussi à moi-même- pour créer nos scénarios dans la directions que nous voulions. Je pense que c’est la chose intéressante dans le film dans son ensemble, de sauter d’un style à l’autre, et je pense que c’est une aventure assez sympa pour les spectateurs,  j’ai rarement vu ça dans des anthologie, où habituellement les réalisateurs ont le même style; nous avons voulu laisser la sensation de nos propres individualismes.nekro

SM: Quelles sont vos relations personnelles avec la violence?

Michal: Pour ma part, si je parle de mon segment: j’ai grandi en Pologne, et à mes dix ans, nous sommes partis avec mes parents en Autriche, mon père était diplomate dans une ambassade, donc j’ai fait ma scolarité dans une école autrichienne où on parlait allemand, donc je ne parlais pas, j’étais un peu un soufre-douleur c’est pourquoi j’ai toujours eu l’envie de changer la relation entre les bourreaux et les victimes. Je leur disais « imagine un instant ce que tu ferais si tu étais dans mon corps? Que ressentirais-tu? Penserais-tu différemment? Voilà comment m’est venue l’idée du scénario de mon épisode; de cette expérience, car je sais ce qu’est de ressentir la violence dans ton propre corps, pas seulement physique mais aussi psychologique et j’ai donc voulu le montrer dans cette manière très extrême, ça c’est comme cela que ça se passe dans la réalité.

SM: Oui effectivement, ton épisode est celui qui montre la violence la plus « frontale » des trois.

Michal: Oui, et surtout lors de la séquence du flashback, dans le meurtre du bébé par exemple, c’est tiré d’une histoire vécue par mes grands-parents, qui ont survécu à la seconde-guerre mondiale, mais mon grand-père travaillait dans un camp et a vu de ses yeux une situation encore pire que dans le film; car après avoir tué le bébé, il l’a ensuite rendu à sa mère…  Donc, pour moi, même quand les scènes sont extrêmes, il ne peut pas y avoir de comparaison avec la cruauté de la réalité.  C’est un peu la justification des raison qui m’ont poussé à faire ce film, j’ai toujours été fasciné par la violence et par le côté sombre de l’humanité. J’ai d’ailleurs dans le même ordre d’idées, réalisé un projet sur le long terme (16 ans ndr) dont le titre était « Zero killed » qui traite des fantasmes criminels de personnes banales, il est traité à moitié comme un documentaire et l’autre moitié comme une fiction où j’interroge des gens comme vous et moi, au sujet de leurs envies de meurtre, et par la suite, je leur ai demandé de jouer ces fantasmes, eux-même en temps qu’acteurs. C’est ainsi qu’un banquier par exemple, pouvait choisir de devenir un sérial-killer, un agent d’assurance pouvait devenir un pédophile,.. J’ai toujours essayé de faire une connexion avec le monde réel, lorsque la violence se développe. La violence est un sujet serieux pour moi, j’ai un grande famille de 4 enfants, et j’essaye toujours de leur faire comprendre que la violence n’est pas une option. La mort aussi est en général un des sujets les plus important car elle représente le plus grand mystère de l’univers.

Andreas: Exactement, la violence et la sexualité par exemple, dans mon segment par contre il n’y-a pas vraiment de meurtre. Les personnages se blessent eux-mêmes et la violence vient de leur corps, à cause de leurs addictions ou de leurs propres passions. Mon épouse dit qu’elle peut plus facilement regarder mon épisode que celui de Michal car dans les personnages y acceptent leur sort, ils sont volontaires pour tout ce qui leur arrive, ils n’y sont pas forcés.

SM: Michal, où-as tu trouvé cette actrice, assez incroyable, celle qui joue la dingue dans le gang?

Michal: Il s’agit de  Martina Shöne-radunski, c’est une actrice qui vit à Berlin et son agence me l’a suggérée je voulais par contre qu’elle ait cette façon de jouer assez extrême, car elle est le personnage opposé à celui des sourds-muets, la représentation opposée de la voix. Vous l’avez aimé?  (oui) C’est intéressant car en Allemagne, les gens ne semble pas trop apprécier ce personnage. Elle joue également dans l’autre segment.

SM: Il y a effectivement beaucoup de références entre vos segments, comme par exemple le poster de Zero killed dans les toilettes, et bien d’autres (rires)

Andreas: Oui, beaucoup, par exemple ma voix est celle du SS dans le segment de Michal, le gars sur le tank (rires).

SM: Quels sont vos projets pour l’avenir?  Avez-vous de bonnes nouvelles pour vos fans francophones? 

Andreas: C’est assez amusant car nous avons un projet commun. Il combinera l’horreur et la politique.  Michal mélangera la période Nazie, moi la période de Staline avec l’horreur.

Michal: Nous développons ce projet et j’ai présenté un pitch de film, au Night visions d’Helsinki dans le cadre des journées du marché de l’industrie nordique, un marché de co-production.

SM: Dans German Angst, vous-êtes derrière la caméra mais aussi acteurs. Quelles-furent les principales difficultés rencontrées lors du tournage?       

Andreas: Je pense que quand vous êtes un réalisateur, et que vous devez travailler avec des acteurs, vous devez absolument connaître leur ressenti. Avant de réaliser « Tears of Kali » j’ai fait un stage d’acteur, où je devais faire pas mal de choses comme hurler, hurler de manière extrêmement violente … Et cette expérience s’est ressentie dans « tears of Kali ». Il est donc très important pour les réalisateurs qui bossent  derrière une caméra, qui peuvent être timides, ou très calmes, de passer au moins une fois de l’autre côté, d’essayer de jouer. Michal par exemple a été souvent acteur. tok2

Michal: Oui, .j’ai eu une expérience d’acteur notamment dans « Zero killed » où j’ai joué le rôle de bourreau comme celui de victime, j’aime beaucoup cela car un réalisateur pour moi, doit avoir des qualités d’acteur.

SM: Quelle relation entretiens-tu avec le cinéma horrifique et fantastique des années 70 et 80 ? T’inspire-t-il et surtout, penses-tu que de nos jours, il est possible de continuer dans cette branche, en utilisant les mêmes codes, sans pour autant les recycler ? Masks ressemble beaucoup à un remake/hommage de/à Suspiria, même s’il n’est pas déclaré comme tel. Tu en reprends de nombreux plans et de nombreuses idées, cependant tu as préféré avec ton œuvre une dimension plus psychologique que fantastique (Tinam)

Andreas: J’ai grandi depuis ma plus tendre enfance avec le cinéma horrifique italien, je me souviens être allé une fois à Rome et m’être débrouillé pour voir les films de Mario Bava, Dario Argento ou Lucio Fulci, dans de grands cinémas avant l’avènement des cassettes VHS, je suis donc un enfant des films sur grand écran, pas commeles gosses qui ont connu l’époque des cassettes vidéo, je suis réellement amoureux du cinéma en salle. avec les tapis rouges etc… et tout cela m’a beaucoup influencé. Pour « Masks », l’idée m’est venue lorsque j’étais dans une école d’acteur, et l’atmosphère de cette école m’a rappelé l’atmosphère palpable dans « Suspiria ». Je pense qu’il était très important pour moi de rendre cette hommage, car Suspiria est une oeuvre qui m’a beaucoup influencé, je en voulais pas faire un film de type « fan boy », mais j’ai voulu utiliser le côté technique pour raconter une histoire contemporaine en utilisant le même style, et d’apporter une réponse à la question, « quel sacrifice seriez-vous capable de faire pour devenir une star? Et Stella dans « Masks » sacrifie tout pour en devenir une. C’est peut-être la différence car à chaque fois elle dit oui je suis d’accord de faire ceci ou cela, c’est probablement la différence principale avec Suspiria ou Jessica Harper est une victime, elle ne donne aucun accord contrairement à l’héroïne de Masks, qui accepte tout, même la mort pour devenir célèbre.masks3

SM:Et comme fan, quels sont vos film préférés du cinéma bis italien? 

Andreas: Ah, il y en a tellement… Suspiria est un de mes films préférés mais j’aime aussi le cinéma de  Pupi Avati  (La casa dalle finestre che ridono), certains films de Fulci comme « La maison près du cimetière », certains films de  Mario Bava films comme « La Mascara del demon » ou encore les oeuvres de  Pasolini, par  exemple Salo, qui est un  film extraordinaire pour moi, il y en a tant qu’il est impossible de les citer tous.

SM: Et pour quelle raison aimez-vous ces films, c’est une question de style?

Andreas: Je me souviens que la raison pour laquelle j’ai toujours été autant attiré par le cinéma européen, à l’opposé du cinéma de genre américain par exemple (que j’aime pourtant beaucoup aussi), est le fait que le cinéma  européen a toujours eu un rêve de qualité, qui n’est pas tant la construction logique d’une intrigue mais plutôt centrée sur les sentiments, et des choses qui sont moins classiques.  c’est aussi la raison pour laquelle j’essaye de séduire l’assemblée, qu’ils se sentent dans mes films comme dans un rêve.

SM: Avez-vous un petit mot pour les  lecteurs de Sadique-Master, fans de cinéma indépendant et transgressif ?

Andreas: Oui, je pense que le cinéma horrifique français est très important en Europe à l’heure actuelle, car les films qui nous influencent le plus sont ceux comme « Martyrs », « Haute-tension », ou le cinéma de Gaspar Noé. Je pense également que la France est le pays qui a les meilleurs supports pour les réalisateurs de films extrême. Car ils ont la possibilité de shooter, et ont une liberté de création totale, ce qui est complètement impossible en Allemagne.

SM: Est-il plus difficile de produire des films de genre en Allemagne qu’en France?

Michal: Oui, beaucoup plus. surtout pour les films transgressifs, il suffit de voir toutes les splendides productions françaises. En Allemagne, vous devez faire appel à des investisseurs privés, sans aucune aide de l’état, en Allemagne, vous avez toujours cette tradition ou vous êtes obligés de vous justifier quand vous faites un film d’horreur, voire de vous excuser, comme si vous étiez coupables de quelque chose.

SM: Comme dans les films de Mickael Haeneke par exemple?

Michal:Oui, mais Haeneke est à un niveau différent, car il a commencé avec des films très durs, (je pense d’ailleurs que « Funny games » est son meilleur film.

Andréas: D’autant plus qu’il est le seul en Allemagne à pouvoir se permettre de réaliser des films comme ça.

Michal: Mais il ne faut pas oublier qu’il est autrichien, et qu’en Autriche, c’est totalement différent, surtout depuis le début des années 2000, vous avez par exemple des réalisateurs comme Andreas Prochaska qui a fait  « In three day you are dead » et beaucoup d’autres, mais malheureusement ce n’est pas pareil en ALlemagne où, si vous désirez faire un film à gros budget, vous devez passer par la télévision, sans quoi c’est impossible. Et concernant le cinéma français, je voudrais dire que j’admire particulièrement ceux des 15 dernières années, comme « Haute-tension », « A l’intérieur », « Fontières »; Xavier Gens dont je suis fans. Il y a quelque chose de très intéressant dans la signature française, très radicale, et j’espère voir encore plus de films de ce genre à l’avenir, je suis toujours surpris de voir qu’ils sont très souvent co-produits par canal plus, ou la télé française en général; au final ce sont des oeuvres incroyablement bien faites, très abouties, comme le films de Pascal Laugier avec Jessica Biel « The secret ».

SM: Comme nous vous l’avons expliqué, Sadique Master est un média traitant de cinéma transgressif  mais également un festival qui a lieu tous les ans, auquel vous êtes bien-entendu conviés.

Andreas et Michal: Avec plaisir bien entendu.

Lien vers la critique: http://www.sadique-master.com/reviews/german-angst-jorg-butgereitt-michal-kosakowski-et-andreas-marshall-2015/

Bl (Adam Korman mais aussi Otis)

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Sadique-master

Admin/Créateur de sadique-master Écrivain et chroniqueur.

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