L’étrange festival (2019) (jours 6 et 7) (Monos, Adoration, Knives & skin)

Livrés à eux-même, des enfants soldats en autarcie dans une montagne de l’Amérique latine s’entraînent pour le compte d’une organisation à survivre tel des guérilleros. Ils maintiennent en captivité une otage Américaine et doivent s’occuper d’une vache laitière censée les « responsabiliser ». Recevant leurs ordres d’un messager, ils évoluent dans les forêts et vivent leur quotidien. Second film naturaliste de la programmation après « The Mute », la beauté formelle de la photographie et le décor immergent déjà ne serait-ce que par leurs images et confèrent à « Monos » une authenticité surplombé par un jeu d’acteur remarquablement authentique. Non pas dénué pour autant de sens, ce nouveau long métrage d’Alejandro Landes connu aussi pour son documentaire « Cocalero » démontre la prédation au sein d’un groupe d’enfants où seule la loi du plus fort règne et où, en l’absence de repères, ceux-ci sont livrés à eux-même. Si l’on peut légitimement se poser la question de la relative « modération » des jeunes guérilleros sensiblement plus violents dans la vie réelle (Johnny mad dog sur cet aspect semblait plus réalistement juste) on parvient quand même à plonger avec eux dans leur cadre devenu, avec l’expérience, naturel.

Sur Sadique-master, on connait davantage Fabrice Du Welz à travers le début de son cinéma, plus extrême, plus déviant, tel que son excellent « Calvaire » – et les nostalgiques de celui-ci semblent ne pas suivre assidûment la continuité de sa filmographie. Cependant, « Adoration » ne dépareille pas réellement de son style et clôture sa « trilogie des Ardennes » (précédé de « Alleluia ») avec une étrange douceur qui contraste curieusement à ses premières œuvres. Comme présenté à l’étrange festival, il est indiqué qu’avec ce nouveau film Du Welz prend à contre-pied ses fans et on peut le constater lors du visionnage. Il ne change cependant pas sa si particulière photographie, ni son grain ou son éclairage naturel plus que jamais abouti dans Adoration. Il entretient de même un fond de « romance » qui dominait déjà ses œuvres précédentes et qui là se manifeste à travers la love story d’un jeune garçon solitaire faisant la rencontre d’une jeune fille schizophrène échappée d’un hôpital psychiatrique de campagne. Seuls face au monde réel, ils partent en errance avec conscience de l’éphémérité de cette aventure singulière et libre. Seulement, les troubles psychiatriques de sa dulcinée compliquent le voyage malgré son amour irrationnel pour celle-ci.

Étrange ersatz d’une oeuvre avortée de Greg Arraki, Knives and Skin de Jenifer Reeder ne cache pas ses influences; allant jusqu’à Twin Peaks pour les « mystères » de la ville et la curieuse disparition d’une protagoniste. On voit on la réalisatrice tenter d’aller dans différentes thématiques et ratisser large, mais elle manque cruellement de justesse. L’intrigue principale ne fonctionne pas déjà pour cause d’une narration trop diffuse, mais aussi car la personnalité des différent(e)s protagonistes empêche de nouer une quelconque attache; ceci soutenu par une moralité bancale et douteuse où l’homme est exposé comme le problème de toutes les femmes et où le fond s’avère davantage misandre que féministe.

Tinam (S.M) Sadique-Master 2019 – droits réservés

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