Bifff 2016, Journée 4

theopen

Une angine ayant presque eu raison de moi (et trouver un médecin de garde sur Bruxelles en période de vacances scolaires post-attentats, relève de l’exploit), c’est avec un bon 39 de fièvre que j’entame cette quatrième journée de notre marathon filmique annuel favori qu’est le Bifff . Nous commençons par The Open de Marc Lahore, dont le pitch soulève pas mal de questions auprès des festivaliers. En effet, comment réaliser un film de 103 minutes sur le thème de l’air tennis, avec trois acteurs, une équipe réduite, dans un un décor post-apocalyptique et tout ça sans qu’il ne devienne barbant au bout de 20 minutes; le tout avec un budget modique de moins de 60.000 euros? Le sympathique réalisateur du jubilatoire Do a franchement du se casser la tête pour y arriver car en effet, le résultat tient la route, et accroche le spectateur (moi en tout cas). Outre les détails techniques – comme une qualité photo impeccable, des décors magnifiques et un jeu d’acteur exceptionnel – on se prend rapidement au jeu de ce scénario intimiste et anxiogène qui fait avant tout appel à notre imagination, mais également à celle des acteurs; car jouer au tennis sans balles ni cordes sur les raquettes – même dans le cadre d’un jeu d’acteur – ne doit pas être si évident qu’il n’y paraît. Je dois bien avouer que pour ma part, je n’étais guère enthousiaste à l’idée de passer en guise de séance, une finale de Roland-Garros (chose que je ne fais déjà jamais en temps normal, tant regarder le sport à la télé me procure un plaisir qui doit être à peu près équivalent sur mon échelle de valeur à celui de passer une soirée en tête-à-tête avec un témoin de Jéovah), et bien j’ai revu mon jugement en sortant de la salle obscure.

theopen2

L’exercice de style pour dépeindre fidèlement une oeuvre si étrange doit être aussi délicat que les conditions de tournage de celle-ci, le mieux est donc de visionner cette oeuvre particulière par soi-même, en gardant à l’esprit qu’il ne faut pas s’attendre à un rythme « rebondissant », mais que tout son intérêt réside dans sa structure narrative, et surtout dans le caractère obsessionnel des personnages ((je salue au passage la prestation des acteurs). Je vous renvoie donc pour une fois la balle, et vous serez probablement charmé si vous préférez Agassi à Lendl.

Ma note: 7.5/10

———————————————————————————————————

C’est après cette séance que la mauvaise nouvelle tombe. Gaumont annule l’autorisation de projection des « Visiteurs 3 » (il faut dire que anticipativement, ils avaient déjà interdit l’accès en salle aux les journalistes de la presse écrite). Quand bien même je ne comptais absolument pas aller voir ce film, l’organisation n’avait pas besoin de ce genre de mauvaise nouvelle quelques jours après les attentats de Bruxelles. En revanche, si ce film doit être un navet ignominieux (ce qui a été confirmé à maintes reprises depuis sa sortie), messieurs les responsables de chez Gaumont: on annule pas une avant-première prévue de longue date, pour d’obscures raisons qui relèvent probablement d’un chauvinisme démesuré! C’était le coup de gueule « Belgo-Belge » de la journée.

martyrs-2015

Nous enchaînons sur le remake américain de Martyrs auquel nous avions laissé une chance, on ne nous y reprendra plus… Pour l’éventuel extra-terrestre qui ne connaîtrait pas le pitch: quelque part aux Usa, Lucie, une petite fille de dix ans, s’échappe d’une usine désaffectée et est retrouvée par la police.  Elle a visiblement été maltraitée et souffre de nombreuses contusions sur le corps. Cependant elle ne présente aucune trace d’agression sexuelle. Elle sera recueillie et placée dans un orphelinat catholique, mais restera traumatisée par ce qui s’est passé. Lucie se liera alors d’amitié avec Anna, une autre fillette de son âge qui semble la comprendre mieux que quiconque. 15 ans se passent et Lucie sonne à la porte d’une maison tout ce qu’il y a de plus ordinaire, armée d’un fusil de chasse et tire sur le père de famille qui lui ouvre, puis abat toute la ménagerie.

Les remakes américains des films français sont souvent de qualité médiocre, voire pire… Ici nous sommes dans le domaine de l’abject, frisant même le manque de respect envers l’oeuvre originale. Là où Pascal Laugier installait un climat glauque, lourd et malsain, les frères Goetz  jalonnent leur métrage de jump-scare horriblement conventionnels, de rebondissements douteux, allant même jusqu’à changer le scénario original dans le but de présenter un banal slasher pour adolescents boutonneux.

martyrs2

Les raisons pour lesquelles l’oeuvre de 2008 pourrait être considérée par d’aucuns comme un des chef-d’oeuvre du cinéma de genre français, résident dans le fait que Laugier n’accordait aucune limite visuelle ni émotionnelle à son film, que les sentiments qu’inspiraient les personnages étaient justement liés à leur évolution dans la trame scénaristique pour en arriver à une homogénéité complète de l’allégorie qu’il voulait nous conter, ne cédant jamais un seul compromis. En visionnant cette nouvelle « version », j’ai eu comme l’impression d’écouter du Brassens revisité par du Maître Gims, et encore je suis gentil. Il est clair que je suis moins objectif qu’un spectateur qui n’aurait pas vu l’original, pour lequel ce remake serait au mieux d’une banalité déconcertante. Vous aurez donc compris que cette gigantesque pompe à fric est l’une des pire daube qu’il m’ait été donné de voir, et que je ne puis que vous engager à fuir au plus vite surtout si vous aimez le cinéma de genre, et si vous n;êtes pas convaincus, n’oubliez pas de tirer la chasse des latrines après votre passage.

Ma note: 0.5/10 (parce que Bailey Noble est très jolie, ce qui constitue à mon sens le seul et unique intérêt du film).

———————————————————————————————————

patchwork

Histoire de digérer la bouse précédente, nous filons vers le bar pour y boire une Sacro-Sainte Cuvée des Trolls avant de filer en ciné 2 en espérant rattraper les 89 minutes précédentes, avec Patchwork de Tyler McIntyre, dont le synopsis alléchant nous dévoile une version revisitée du mythe de la créature de Frankenstein. Trois jeunes filles, après une soirée plutôt arrosée se réveillent d’une manière très singulière, en prenant conscience que leurs trois corps ne font plus qu’un, mais que leurs esprits sont toujours dissociés.

patchwork2

Malgré cet état de fait, nous comprendrons très vite qu’elles ont été les victimes d’un « médecin-boucher » vraisemblablement déséquilibré. Alternant entre scènes assez gores et humour potache, Patchwork ne souffre que de très peu de défauts et nous présente une vision originale de l’oeuvre de Shelley, sans jouer dans le registre des clichés accrocheurs. Film idéal pour une séance de minuit, il devrait ravir les amateurs du genre, de par la bouffée de fraîcheur qu’il apporte dans l’univers parfois austère du cinéma que nous affectionnons tous, avec en plus un twist final qui risque d’en déstabiliser plus d’un, et qui en plus à eu le mérite de me faire oublier Martyrs.

Ma note: 7/10

BL: Aka Adam Korman

 

Cet article a été publié dans Non classé. Mettre en favori le Permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *