Interview d’Ulrich Seidl à L’Étrange Festival

Cette courte interview fut réalisée dans le cadre de la première Française de son nouveau documentaire « Sous-sols » à l’Étrange festival. Pourtant, elle ne se focalise pas vraiment sur cette toute nouvelle oeuvre mais s’axe davantage sur une rétrospective carrière et sur la vision d’artiste que peut exposer Ulrich Seild.

Réputés comme subversifs, Dog days et Import export suivent différentes histoires menés par des protagonistes chacun aux antipodes. Cette introspection relate leur vie au quotidien, leurs obsessions, leurs soucis financiers, sociaux, sexuels, psychologiques. Percutant, Seidl utilise un cinéma naturaliste sans fioritures qui n’attend rien pour aller à l’essentiel. Parmi cela il réalise aussi de nombreux documentaires tels que le percutant Models, immersion/désillusion, sur l’envers du monde de la mode, ou encore Animal love dans une société déboussolée où bien souvent l’humain, isolé de toutes relations sociales se rapproche de son animal de compagnie poussant parfois l’affinité jusqu’à l’ambiguïté. Plus tard, il réalise la trilogie Paradis et garde sensiblement la même ligne directrice.

– SM : Bonsoir Ulrich.
La partie la plus incisive de votre travail artistique consiste à dévoiler la face cachée de chaque personnalité, de la plus superficielle à la plus atypique. Vous brisez bon nombre des profils psychologiques et écrasez absolument tous les clichés.
De votre prisme d’artiste, comment voyez-vous les protagonistes que vous traitez ? Quel est le sens de leur humanité ?

US :Les gens que je montre sont exactement comme les autres, ils ne représentent rien de particulier, nous pouvons les rencontrer partout. Je n’ai pas de morale à porter sur les protagonistes ou les gens que je montre, je n’ai pas de jugement et je ne les condamne absolument pas. Simplement, ce sont des gens qui ont certains désirs, qui cherchent à assouvir certains désirs, ils vivent leurs obsessions, leurs passions, ils représentent quelque chose que l’on peut trouver en chacun de nous,  en fait c’est une réalité tout à fait normale, banale.
SM :C’est une façon de relater donc?
US : Je montre ces gens, et le jugement appartient au spectateur, ce n’est pas moi qui m’en charge. Le spectateur voit son film, et si il fait un jugement ça dépend de lui, pas de moi.

SM : Vos films adoptent le style naturaliste et suivent le quotidien de personnes; cela ressemble énormément à des documentaires. D’ailleurs, vous qui faites aussi des documentaires, quelle est concrètement la différence entre les deux (vos propres documentaires et vos propres films) ?

US :  La différence entre les deux c’est la question des limites. Le documentaire a des limites qui sont fixées par les protagonistes, le protagoniste dans un documentaire est disponible pour faire et montrer certaines choses, alors que dans la fiction il est possible de montrer un peu ce qu’on veut, c’est ça la différence. Mais même sans considérer cette différence, chez moi,  la limite, la séparation entre les films documentaires et les films de fiction, est une séparation émouvante.

SM : Vos documentaires tels que Models ou Animal love comportent parfois des scènes assez surprenantes surement difficile à immortaliser. Comment se déroulent elles réellement? Les protagonistes agissent ainsi spontanément, de leur plein gré, ou les incitez-vous à cela pour la matiére de vos œuvres?

US : Personne n’agit complètement spontanément, pour mes documentaires, évidemment il y a un cadre, une préparation, et dans cette limite là les gens sont incités à faire certaines choses. Je ne vois pas précisément ce que vous voulez dire, dans les deux documentaires que vous citez, Models et Animal love, pourriez-vous me donner des exemples précis de scènes ?
SM : Par exemple, dans Animal love, les protagonistes sont t’ils amenés à agir de telles manières avec leurs animaux pour les besoins du film
US :  Non, ce n’est pas moi qui les incite à faire ça, au contraire, dans la réalité ils agissent vraiment de cette façon et c’est encore bien plus cru. Alors évidemment, il y a une mise en scène qui consiste à demander aux gens de faire certaines choses mais en sachant pertinemment que ce sont des choses qu’ils ont déjà faites. C’est une mise en scène pour le besoin de l’oeuvre mais il ne s’agit pas d’inciter aux gens à faire des choses qu’ils ne feraient pas d’eux même. Si vous demandez à quelqu’un d’aller dans son lit avec son chien et de l’embrasser sur la bouche, c’est quelque chose qu’il fera seulement si il avait déjà l’habitude de le faire avant, mais je ne pourrais jamais imposer ça à quelqu’un qui ne le fait pas de lui même.

SM : L’absurde est une de vos spécialités, vos œuvres en comportent toujours. Pensez vous que cela adoucit certains propos assez tabous ou est-ce vraiment quelque chose de naturel qui chez l’être humain est inhérent ?

US : La vie est souvent absurde donc cela se reflète aussi dans le cinéma, on y retrouve cette même absurdité.
SM :Merci pour cette interview.
US : De rien.

Cette interview fut réalisée à l’aide d’un dictaphone (merci à Jean-Michel et Delphine de Ohmygore de me l’avoir prêté) au Forum des images lors de l’étrange festival et les questions ont été traduites en direct par un interprète Allemand/Français accompagnant Ulrich Seidl.

-Tinam (S.M)

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