The Smell of Us (Larry Clark) (2015) (Critique)

Synopsis : Paris, Le Trocadéro.
Math, Marie, Pacman, JP, Guillaume et Toff se retrouvent tous les jours au Dôme, derrière le Palais de Tokyo. C’est là où ils font du skate, s’amusent et se défoncent, à deux pas du monde confiné des arts qu’ils côtoient sans connaître. Certains sont inséparables, liés par des vies de famille compliquées. Ils vivent l’instant, c’est l’attrait de l’argent facile, la drague anonyme sur Internet, les soirées trash « youth, sex, drugs & rock’n’roll ».
Toff, filme tout et tout le temps…

Première oeuvre de Larry Clark chroniqué sur Sadique-master, et pourtant nous aurions pu en aborder bien d’autres, notamment Bully ou Ken Park, mais l’occasion ne s’était pas présenté, ces films étaient déjà connus, reconnus, et possédaient une certaine unanimité auprès des cinéphiles rodés et de la presse. Pourtant, les retours de The Smell of Us ne sont pas bien élogieux et laissent même parfois paraître une certaine hostilité de la part des spectateurs, fans de Larry Clark y compris.
Pourquoi ?


Car le réalisateur nous avait habitués à une jeunesse punk, anticonformiste, qu’il aimait traiter par le prisme de son esprit controversé. Cette jeunesse en détresse parvenait à susciter une empathie, revendiquait des idées, explorait une marginalité. Finalement, il parlait d’un mal plus « compréhensible » et dont les conséquences apparaissaient comme plus « logiques ». Mais est-ce qu’un jeune perdu dans son esprit et perturbé dans son corps est il réellement si « logique » ?
Le style à Larry Clark n’a pas disparu, il s’attaque simplement à une autre culture, une autre jeunesse, avec d’autres codes. Le langage disgracieux va avec et accentue très probablement l’aspect détestable du film. Le plus flagrant est cet étonnant contraste entre cette jeunesse de bobos parisiens agissant ainsi, dévoilant autant leurs vices derrière leur apparence irréprochable. Les acteurs ne jouent donc pas mal mais « justes ».

Si certaines de ses œuvres pouvaient s’avérer tendancieuses, délicates, elles étaient souvent justifiées et ceci facilitait la digestion. Or, dans The smell of Us, Larry Clark démarre son film sur une indigestion.
Il extrait le sens, car il n’en souhaite pas. Son but ? Déranger. Pour cela il rompt avec ses propres codes et laisse exprimer ses perversités. La démarche peut difficilement paraître bienveillante ou appréciable, et il est donc clairement compréhensible que cette idée en elle-même soit mal reçue.
Larry Clark agresse, embarrasse son spectateur, et pourtant, il suffit de laisser momentanément sa morale de coté pour se rendre compte que The Smell of Us est une expérience cinématographique d’une rare puissance . Parvenir à déranger avec des éléments quotidiens n’est pas chose si facile, et sur ce point la réussite est totale. Nous faisons alors face à l’oeuvre la plus dérangeante du réalisateur, et les coulisses le sont tout autant. Lucas Ionesco, interprétant « Math » (personnage principal) témoigne dans une interview de l’insistance qu’exerçait Larry Clark (qui ne s’est jamais caché d’être un vieux qui aimait les jeunes) sur ses acteurs/actrices. Il les poussait au bout et tentait de les transformer en leur « personnage ». Il voulait de l’authenticité dans le malaise.


Pour comprendre les invectives auxquelles ce film est sujet, je pense qu’il serait intéressant de se référer à une citation de Dostoïevsky disant « Rien est plus facile que de dénoncer un être abjecte, rien est plus difficile que de le comprendre. » car c’est exactement le procédé qui, volontairement ou pas, fait tout le paradoxe viscéral de The Smell of us. Dans la même interview du jeune Ionesco nous pouvons lire que de nombreux acteurs, dont Lucas lui même, auraient quitté le film suite à la pression et aux idées de Larry Clark qui, spontanément, aurait changé des scènes (dont la fameuse scène fetichiste), poussées certaines déviances (la scène avec la mère faisant aussi son effet) à leur paroxysme. Comme l’occupation principal de notre protagoniste consiste à se prostituer pour de vieux hommes pervers, les fantasmes morbides, pédophiles, et gérontophiles fusent.
Un reproche qui revient souvent; le manque de scénario. Ken park n’en avait pas non plus, il en va de même pour Kids. Le quotidien était dépeint à travers des épisodes anecdotiques de leur vie morose, et The Smell of Us utilise le même schéma narratif.

Il est donc fort possible que les points négatifs soient parallèlement des points positifs.
The Smell of Us n’est pas la meilleure oeuvre du réalisateur, mais sa transcendance personnelle lui attribue une force indéniable qui fonctionne, dans le bon ou mauvais sens.

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