American Psycho, Brett Easton Ellis (Roman, USA 1991)

 Je m’appelle Adam Korman, j’ai bientôt 42 ans et au moment d’écrire ces lignes, je porte un pantalon de jeans délavé de chez Hugo Boss, une chemise de coton à col rond et boutons nacrés de chez G-Star Raw, des chaussettes en laine noire brodées à motifs en forme de losange à 30 euros aux galeries Lafayette, des baskets d’été bleues griffées Paul Smith à 200 euros, du parfum Loewe 7 – qu’on ne trouve que sur commande et assez difficilement, ce qui en fait tout l’intérêt- et il est 14.38 heures sur ma montre Hugo Boss également à 200 euros. L’ordinateur portable sur lequel je rédige est un Asus qui fonctionne encore correctement, bien qu’il soit assez ancien – il faudrait décidément que je m’offre un IMac au plus vite- il est doté de 8 Gigabites de mémoire vive, d’un processeur dualcore de chez Intel, d’une carte graphique Nvidia GEforce S300m  et d’un disque dur de 320 Gigabites scindé en deux parties qui sont presque remplies. J’écoute sur ma chaîne hi-fi le dernier album de Pink-Floyd que je n’ai encore jamais eu l’occasion d’aller voir en concert même si je déteste la musique en live. Ce matin avant de terminer l’excellent American Psycho de Brett Easton Ellis j’ai torturé un bébé d’environ 6 mois que j’avais enlevé dans le landau de sa mère plus attentive à ses achats qu’à son gosse, dans une galerie commerçante toute proche; c’était un garçon… et je viens de jeter une partie de son cadavre dépecé dans trois poubelles publiques différentes; j’ai gardé ses vêtements déchirés et souillés de sang pour les envoyer à sa génitrice dès que j’en aurai l’envie et le temps. Je bois un café Fortissio Longo de chez Nespresso, comme d’habitude sans lait ni sucre, le lait dilué dans le café ayant comme propriété d’être toxique pour le foie et – tout comme le sucre – d’en altérer le goût.  ap4

Patrick Bateman a 27 ans et vit à New-York dans un luxueux appartement, fréquente les restaurants à la mode, les plus jolies filles de la ville, idolâtre le milliardaire Donald Trump, travaille dans le monde de la finance, est dévoré par une soif de réussite, ne côtoie que des êtres aussi superficiels que lui, ne crache pas sur une petite ligne de coke et abuse quotidiennement d’anxiolytiques et d’alcool. Cependant sous ses faux airs de jeune yuppie innocent, il est également habité par des fantasmes délirants de frénésie meurtrière sans aucune limite. Bateman voue un culte immodéré à l’argent mais aussi à son apparence personnelle; il ne peut s’empêcher de tout analyser et de décrire avec force détails comment sont habillés ses congénères, voire ses sentiments de nausée lorsqu’il croise un Sdf ou un homosexuel au hasard de ses pérégrinations.  Cela faisait des années que je voulais le lire ce bouquin dont on ne m’avait jamais parlé qu’en termes élogieux, des années que je me forçais à ne plus revoir le film tant mon obsession  pour le livre croissait, des années que je savais que manquait à ma culture ce fleuron de la littérature du 20ème siècle; je n’ai pas été déçu, plus que cela j’ai été fasciné par cet ensemble pour ainsi dire royal comme je le fus rarement dans une expérience littéraire… Outre un formidable travail de documentation, Ellis nous dépeint avec panache cet univers impersonnel, sombre et glauque par tant de logorrhées très utiles à la mise en place de l’intrigue de son roman. Son style à a fois nihiliste, pesant, répétitif et descriptif est avant tout conditionné par le fond du scénario et cela pendant 450 pages de crescendo simultanément terrifiant et cauchemardesque. American Psycho est un pur bouquin obsessionnel, profond, délirant, jouissif et pervers qui sonde avec une maestria rarement égalée les tréfonds les plus obscurs dont sont capables les esprits narcissiques les plus perturbés. De plus, le roman constitue une critique féroce de la société de consommation en cette fin des années 80, mais aussi des dérives qu’elle peut engendrer sur le plan anthropologique et sociétal. ap3Cependant bien que l’adaptation cinématographique soit de très bonne facture et superbement interprétée par Christian Bale, elle reste (comme très souvent dans les adaptations d’oeuvres littéraires) à mille lieues des sommets répugnants atteints par Ellis dans l’oeuvre initiale où aucun tabou n’est observé tant lors de scènes hautement pornographiques que dans celles plus sanglantes qui sont d’une férocité barbare à la limite du soutenable. La structure du roman est -quant à elle-en totale adéquation avec sa thématique, et je conseille vivement à tous ceux qui seraient rebutés par les dizaines de pages descriptives (qui ont chacune une utilité incalculable pour comprendre les rouages du fonctionnement psychotique de Bateman), de continuer plus avant pour découvrir ce qu’est l’immersion totale dans un esprit dérangé telle que Ellis nous la livre pour notre plus grand plaisir, de surcroît avec un style unique et un final bien différent du film, mais je ne puis vous en dire plus si ce n’est que de vous engager à vous jeter sur ce chef d’oeuvre au plus vite si ce n’est déjà fait.

Adam Korman (BL mais aussi Otis)

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