Interview exclusive de Diego Cohen et Paulina Ahmed dans la cadre de l’avant-première mondiale de Luna de Miel (Honeymoon) au Bifff 2015

Suite à l’avant première mondiale de Luna de Miel -torture-porn mexicain qui n’a pas fini de faire parler de lui – j’ai eu la chance de rencontrer son réalisateur le très sympathique Diego Cohen ansi que l’actrice principale du film, la plus que charmante Paulina Ahmed qui ont eu la gentillesse d’accorder une interview exclusive d’une demi-heure pour Sadique Master.honeymoonaffiche

 

SM: Donc, je vais vous faire une petite présentation du Sadique-Master, donc, il s’agit d’un site Web francophone, qui traite de sujet comme le cinéma déviant et transgressif, gore ou extrême. Nous organisons également un festival annuel à Paris, nous serions très heureux de vous y voir, peut-être pour votre prochain film.

 

SM: Donc j’ai eu l’occasion de voir Luna de Miel hier soir, et je vous ai dit quelle claque ce fut pour moi. Peux-tu m’en dire plus quant à la création de cette oeuvre et comment est née l’idée?

Diego: Oui, en fait c’est un script que j’ai reçu il y a à peu-près cinq ans, et je n’avais pas prévu de le mettre en scène, mais j’ai adoré l’histoire car j’adore les scénarios qui traitent de kidnapping. Ensuite, quelques années plus tard j’ai décidé de réaliser ce film sur base de ce script, mais j’ai dû le réécrire car la structure de l’histoire était bonne, mais la création des personnages l’était moins, et il y avait énormément de dialogues, je le voulais plus calme donc c’est par quoi j’ai commencé, tout réécrire sur le script. J’ai d’abord effacé beaucoup de dialogues au profit de la construction des personnages – qui est pour moi très importante – pour pouvoir y apposer ma griffe personnelle et ma vision personnelle en tant que réalisateur. Voilà comment m’est venu l’idée, et comment je suis arrivé à en faire quelque chose de personnel.

SM: La version que nous avons vu hier est-elle « full uncut », quels-sont les problémes rencontrés au Mexique avec la censure?

Diego: Oui, complètement, il n’y a eu absolument aucune censure. Il ne s’agit pas vraiment d’un film dont la thématique est la violence, mais la violence est due aux circonstances. Il y a beaucoup de séquences violentes, une violence très graphique, des chose très difficile à regarder mais ça fait encore une fois partie des circonstances ce n’est pas de la violence gratuite. Donc oui, c’est une version sans aucune censure, jamais je ne ferai de version censurée dans ma vie j’espère  car j’aime les films comme ils sont. Juste une seule version, d’autant plus que dans ce cas précis je suis éditeur et aussi producteur j’ai donc du me convaincre moi-même (rire). Quant à la censure au Mexique, je pense que cela doit être pareil qu’ici. Nous savions qu’il serait impossible de présenter ce film dans un grand nombre de salles de cinéma, notamment à cause de la violence, j’en ai d’ailleurs parlé avec une compagnie de distribution de salles au Mexique, ils m’ont répondu qu’effectivement c’était très violent, qu’il faudrait peut-être faire quelques coupures. J’ai répondu par la négative, qu’ils l’interdisent aux moins de dix-huit ans peu importe mais le film doit rester comme je l’ai conçu. Pareil avec certaines grosses compagnies de distribution qui voulaient me faire couper des éléments, je leur ai dit « fuck you »(rires), il ne passera probablement pas à la télé, mais sera disponible en Vod ou en DVD et les fans de films de genre le trouveront et l’achèteront probablement. Je suis un réalisateur mais avant tout un fan.

SM: Comment as-tu vendu ton projet auprès des compagnies d’édition?

Diego: Ce fût très facile, car le film a été produit sur des fonds d’investissements privés, de plus il s’agissait d’un micro-budget situé aux alentours de 20,000 euros. J’avais ce projet appelé « Grotesque », qui est une compagnie de production spécialisée en films de genre, et le but de ce projet est de réaliser trois films avec 100,000 euros. Donc un partenaire nous a donné cette somme et il est « propriétaire » d’une partie des films. Je n’ai pas non plus eu de problèmes quant au partenariat avec les sociétés de distribution mexicaines grâce au projet Grotesque qui facilite beaucoup les démarches, cette société a donc été une très bonne idée de notre part.

SM: Cette compagnie a-t-elle participé au projet de « Mexico Barbaro »?

Diego: Non, en fait la personne qui se cache derrière le projet de Mexico Barbaro s’appelle Lex Ortega et nous avons réuni nos deux compagnies de production pour faire un film, qui aura pour but d’être l’un des 20 films les plus violent de tous les temps (et tout du moins le film le plus barbare jamais réalisé au Mexique) dont le titre sera Atroz (atrocious), et nous sommes en pleine prostprod pour celui-ci. Mais croyez-moi, il est vraiment très très violent, très graphique et difficile à regarder pour les non-initiés, c’est un Found-footage encore plus malsain que The poughkeepsie tapes. Avec de la violence scatologique, des tortures, des viols, des meurtres, de démembrements, (SM: c’est exactement le type de films que nous recherchons au sadique master festival, sera-t-il prêt pour le mois de mars? DIego: Oui avec certitude, et nous serions très fiers de pouvoir l’y présenter).

(SM: The poughkeepsie tapes était inclut dans le thème de ma prochaines question. (rires) )

Diego: (rires) C’est très étonnant de parler avec des gens qui ont sensiblement les mêmes références que nous et qui surtout connaissent ce film. De plus, j’ai toujours été très intéressé par le Found footage, car il permet à un réalisateur ou à son assemblée de faire partie d’une expérience horrifique, tu peux plus facilement t’identifier à un personnage, t’immerger dans la réalité des événements que tu regardes, en ressentir les craintes et les profondeurs. Car en regardant un film plus traditionnel, tu peux te sentir très vite séparé de la fiction que tu vois à l’écran.

SM: Paulina, peux-tu m’en dire plus au sujet de tes débuts d’actrice, honeymoon n’a t-il pas été trop difficile pour un premier rôle?

Paulina: Je suis très heureuse d’avoir joué dans ce film, car c’est mon premier, j’avais par contre des expériences au théâtre et dans des séries mais un rôle dans un film est tout à fait différent. Toute l’équipe était extra, et c’était un vrai challenge pour moi car les personnages sont assez particuliers, j’ai vraiment adoré faire partie de cette aventure.

Diego: C’était impressionnant pour moi aussi, car j’ai rencontré Paulina en casting et je ne la connaissais pas avant, elle n’avait quasi pas de références mais elle a passé un casting démentiel, et le résultat se voit dans le film.

Paulina: Tout le monde me demande si le tournage a été difficile pour moi, je ne pense pas que ce soit le terme adéquat vu que personnellement ce métier est ma passion car vous pouvez vivre d’autres vies, vivre d’autres situations, d’autres émotions, donc je dois bien avouer que je me suis amusée sur le tournage j’espère pouvoir jouer dans d’autres films à l’avenir. De plus en ce qui concerne mon personnage, j’ai eu la possibilité de dialoguer avec des femmes qui ont été vraiment victime d’enlèvement et de ce fait en apprendre beaucoup plus sur la nature humaine et de ce fait avoir un autre jugement de valeur sur ce genre de thème en général.

Diego: En ce qui me concerne, je l’aime beaucoup aussi car j’ai toujours rêvé d’être un kidnappeur et de torturer quelqu’un, faire un vrai snuff par exemple (rires).

SM: L’évolution de la relation entre Isabel et Jorge est assez étonnante dans Luna de Miel.

Diego: Oui, effectivement, la chose la plus importante pour moi lors des casting était de trouver deux acteurs qui au final pourraient développer ne certaine alchimie entre eux. C’était le point de départ pour moi dans le choix des acteurs.

SM: Peux-tu nous parler un peu plus des effets spéciaux de Luna de miel, qui sont pour certains assez gore?

Diego: J’ai toujours voulu montrer des scènes sans effets digitaux, donc j’ai contacté le même responsable FX (avec lequel j’avais déjà auparavant travaillé dans plusieurs films) il est fantastique et s’appelle Rodolfo Menchaca, c’ est un grand artiste, nous avons parlé longuement des effets spéciaux et de ce à quoi je voulais qu’ils ressemblent. Je voulais qu’ils soient extrêmement réalistes et pas exagérés pour rester dans un juste milieu. Il a donc étudié ce genre de blessures dans la réalité, pour ce faire nous avons regardé de nombreux films, de nombreuses vidéos (réelles) émanant de médecins, de chirurgiens, d’experts. Par exemple pour la scène des doigts, nous avons regardé une procédure chirurgicale complète pour savoir comment cela aurait été fait par un médecin, car c’est très spécifique.

SM: Nous parlions plus haut des points communs entre Luna de Miel et certains found footage assez réalistes, quelles ont été tes influences pour ton film?

Diego: Oui, comme influence j’ai un film français génial de Maury et Bustillo « A l’intérieur », voire même Martyrs de Pascal Laugier, et certainement un réalisateur que je dois mentionner qui est Roman Polanski qui est un Dieu du cinéma pour moi car il arrive à faire des films avec une tension incroyable avec très peu d’acteurs, des huis-clos extraordinaires. Oui je pense que Polanski est une grande influence pour moi. Il y a aussi Michael Haneke, j’aimerais vraiment grandir et devenir un jour comme ces grands maîtres que j’admire tant, je l’espère vraiment. Un autre grand film auquel je pense régulièrement quand je parle de cinéma dérangeant et de mes influences est Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman, qui est le film qui m’a le plus dérangé de toute ma vie je pense même si ce n’est pas un film d’horreur.

SM: J’ai également cru percevoir des influences de Bunuel, est-ce correct?

Diego: Oui bien sûr, je suis un grand fan de Bunuel, il est sans arrêt présent dans mon esprit, depuis que j’ai été à l’école de cinéma, oui je pensais sans arrêt aux œuvres de Bunuel et de Dali. Un chien Andalou est en fait le commencement du cinéma déviant pour nous tous. Je pense qu’il est normal pour un auteur de compiler pendant toute sa vie un certain nombre d’influence, et de les retraduire sur grand écran par la suite.

 

Propos receuillis et traduits de l’anglais par ADAM Korman (BL Aka Otis) pour Sadique master.

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