Phantasmagoria (Trio Italien) (2015) (Critique)

Synopsis : Sur un fil conducteur commun,Phantasmagoria est un film à sketch composé trois histoires à faire frémir autour des mythes et croyances sur le monde du paranormal.

« On a peur, on s’imagine avoir peur. La peur est une fantasmagorie du démon. » – Georges Bernanos

Voici la citation qui clôture cette anthologie tout droit venue d’Italie et qui résume la moralité commune des 3 courts-métrages. Après une présentation narrée par un squelette animé à la façon des contes de la crypte, c’est Mickael Abbate (qui supervise d’ailleurs aussi la globalité du projet), réalisateur franco-italien, qui introduit le tout avec son segment intitulé « Diabolique ».


L’histoire commence dans l’intimité d’un groupe d’amis en vacances dans un lieu ensoleillé du sud de la France, jusqu’à ce qu’une ancienne maison perturbe et obsède la fille la plus introvertie de la bande.
Jusque-là, la caméra se balade et nous avons droit à de sublimes plans et à un esthétisme raffiné.
Aussi étonnant que ça puisse paraître, le segment s’attribue un style proche de l’épouvante à l’ancienne qui étrangement contraste bien avec la propreté du visuelle moderne, et la bande-son constamment homogène y est probablement pour quelque chose.
Cela dit, le jeux d’acteur comportent parfois quelques hésitations décrédibilisant la situation et le scénario peut rapidement s’avérer confus et difficile à exploiter sur un format de court métrage. Alpagué par une vielle femme folle à mi chemin entre la sénile du village et la compteuse d’histoire horrifique prés du feux, le groupe de jeunes est confronté à une situation inopportune.
La dernière partie oscille entre deux bords car l’ambiance est là mais la véracité de l’histoire est en suspens car elle est sous-exploitée. Le fil conducteur est alors lancé et le monde du paranormal est montré sous le voile de l’inconscience.
Tout cela s’achemine jusqu’à une scène finale particulièrement sublime qui interpelle.
Alléchant mais on reste sur notre fin. En tout cas, pour un premier métrage, avouons tout de même c’est tout à fait honorable.

Nous enchaînons désormais avec « My Gift to You » de Tiziano Martella, qui lui ne choisit pas le climat du sud au soleil cuisant , bien au contraire. L’intégralité du segment se déroule dans la pénombre absolue et toujours nous avons un esthétisme irréprochable accompagné d’une bande-son envoûtante.
Cette fois ci c’est d’une histoire d’amour d’un mort envers un vivant, traitant l’interaction des deux mondes sous un aspect angoissant et lugubre  avec une finalité plutôt touchante. Mais malgré une réalisation indéniable maîtrisée, le format court est cette fois ci favorable car rendu au point culminant de l’angoisse que le métrage projette, le scénario commence à s’éterniser et à faire décrocher le spectateur.
Nous retiendrons tout de même de magnifiques scènes et une atmosphère macabre merveilleusement réussie.

Et enfin Il Serpente della Lingua d’Acciaio de Domiziano Cristopharo qui clôturera cette anthologie de la meilleure manière qui soit. Si les deux précédents segments marqués bon nombre d’éléments intéressant , celui ci les transcende tous et marque un sans faute. Assurément le meilleur des trois, nous avons face à un métrage qui dés le départ s’avère relativement mystérieux tout en reprenant de nombreux de composant clés du Giallo ne serait-ce que sur l’ambiance, les personnages énigmatiques, ou encore sur les lumières tamisées…Mais respectif à son style Domiziano  (déjà connu pour le déviant « House of flesh mannequins » ) pousse le vice bien plus loin, exploite des taboues et transforme le doute en quelque chose de bien plus malsain. Un homme demande le gite dans un hôtel fermé depuis plusieurs années, celui ci parvient quand même à se loger, l’hôte est étrange et tout dégénère…Mais l’imagination avec laquelle les choses s’enveniment risque fortement de perturber le spectateur dans le bon sens. Je ne peux vous en dire plus au risque de spoiler , mais ce scénario à surprise où se fusionnent angoisse et déviance nous ramène à ce que nous aimons fondamentalement tous dans les sous-genres de l’horreur des plus atypiques aux plus classiques, élément par élément.

Malgré quelques lacunes notables mais minoritaires, Phantasmagoria nous montre le cinéma horrifique Italien sous sa plus belle représentation. On en veut encore et on vous le recommande chaudement !

– S.M

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