Eat (Jimmy Weber – USA 2013)

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Novella McClure est une jeune et jolie Californienne dont le rêve le plus cher est de réentamer une carrière cinématographique, après plus de trois années d’inactivité, de castings décevants, d’échecs sentimentaux et de déboires financiers. Elle ne désespère cependant pas de percer à nouveau dans le milieu, soutenue par sa meilleure amie Candice, avec laquelle elle entretien une relation fusionnelle.

Cependant, Novella souffre d’une pathologie psychiatrique lourde latente, : « l’autophagie ».
Dès les premières images du générique, qui nous exposent Novella au petit matin se préparant pour un important entretien professionnel, le spectateur de Eat est plongé dans un univers superficiel, artificiel, représentatif d’une jeunesse Américaine nourrie aux reality-shows. Filmée de manière crue et obsessionnelle, la toilette de la jeune fille – qui devrait être un événement somme-toute, extrêmement banal – nous en dit long sur ses traits de caractère; Il est clair que la volonté de Jimmy Weber est de nous faire entrer immédiatement dans un monde de déséquilibres ambitieux en utilisant pour ce faire des procédés tels que les gros plans à la photographie quasi surexposée, accompagnés d’une musique pop très actuelle: nous assistons presque à un clip de Britney Spear en beaucoup mieux, bien entendu.
Candice, la meilleure amie de Novella, n’est quant à elle pas mieux lotie. A la limite de la psychopathie – apportant à son personnage une délicieuse touche de politiquement incorrect- ces deux acolytes passent quasi toutes leurs soirées en boîtes de nuit à se faire rincer le gosier par les plus répugnants des béotiens de la région, lesquels croient être tombés sur deux beautés limitées intellectuellement qu’ils pourront ramener dans leurs couches – alcool aidant -, le temps d’une nuit.

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Cette existence superficielle, ces échecs répétés, plongent l’héroïne dans une démence ingérable; une légère blessure et la chute vers une spirale psychotique sans nom est amorcée.

Doté de scènes  gores magnifiquement soignées et remarquablement adaptées, d’un humour particulièrement noir omniprésent – même dans les moments les plus dramatiques du métrage – Eat traite d’un cas psychiatrique qui n’a par ailleurs été que très peu abordé dans l’histoire du cinéma, à savoir l’auto-Antropophagie comme je le signalais plus avant.

Concernant la prestation de Meggie Maddock, elle est irréprochable et très crédible dans son rôle de bimbo complètement fondue.  La psychologie des personnages est par ailleurs très intéressante à découvrir. Dans le cadre d’une approche profondément anticonformiste, Jimmy Weber réussi à nous présenter une Novella attachante. Pour ce faire, il usera pour notre plus grand plaisir, d’une panoplie d’autres protagonistes caricaturaux (comme par exemple, la voisine invasive, propriétaire de l’appartement de notre jeune amie, ainsi-que les « compagnons de sortie » des deux demoiselles) présentant chacun des caractéristiques à la fois déviantes et drôles frisant le burlesque.

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Dans ce contexte bien particulier, l’ambiance du film change radicalement de ton et de direction au fur et à mesure des événements « tragicomiques » rencontrés par l’héroïne, tout en gardant ses caractéristiques humoristiques qui en font une oeuvre tout à fait à singulière,  jouant tour-à-tours entre les contrastes de « légèreté naïve » et d’autres aspects plus tragiques. Cette évolution progressive dans l’automutilation du personnage n’est pas sans rappeler celle de Marina de Van – interprétant Esther, dans son film de 2002 « Dans ma peau » – avec de surcroît une étonnante opposition entre l’humour et la barbarie. Novella semble se complaire dans cette pathologie singulière et obsessionnelle, au point de se détacher complètement de son enveloppe charnelle, tout en gardant pour elle une ambiguité frôlant la passion morbide et le désir coupable. Le spectateur pourrait-être tenté de croire à un dédoublement de personnalité, il n’en est rien; son tempérament est univoque mais son comportement s’altère beaucoup plus insidieusement comme si elle prenait conscience que son mental et son propre corps étaient deux entités différentes, mais interagissant de manière ardente l’un envers l’autre.

Le défaut principal du film réside, à mon sens, dans son ambiance quelque peu teen-movie par moments, donnant le sentiment que la production n’a pas donné carte blanche à Weber pour s’abandonner à une oeuvre beaucoup plus personnelle et intimiste. Le résultat final s’abandonne toutefois par moments à des excès d’orgueil. Néanmoins, ce premier long métrage très ambitieux laisse augurer un avenir fortement prometteur dans le chef de ce jeune réalisateur.

Projeté, d’abord au festival de Denver en 2013, puis ensuite au Festival du film fantastique de Neuchâtel  et ce 12/04 en clôture de nuit du Bifff 2015 , il bénéficiât apparemment d’un accueil très positif dans toutes les salles obscures ou il fût projeté. A contrario, il s’agit d’un métrage indépendant dont curieusement, peu de monde parle, et ce très injustement. Il semblerait que la distribution et la campagne publicitaire européenne n’ait pas été à la hauteur, ce qui risque de changer après cette dernière projection et au vu de l’accueil positif auprès des festivaliers du Bifff. Il n’est toutefois pas impossible – au vu de ses grandes qualités – de le retrouver dans d’autres  festivals  en 2015, ce qui serait à mon sens, une très bonne chose. Espérons également qu’une sortie en Dvd soit prévue le plus rapidement possible. Vous l’aurez compris, il s’agit donc d’une oeuvre que je conseille excellentissime tant  pour son humour et la psychologie atypique des personnages qui font de Eat une production aussi jouissive qu’attrayante ainsi qu’un  excellent  choix de programmation pour la clôture de nuit du Bifff 2015.

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B.L (Otis Driftwood)

 

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