Aj Dirtystein (plasticienne, performeuse) + Zoom sur Accords perdus

Après Screamerclauz changeons d’horizon et de style, rentrons dans quelque chose de plus « réel », rentrons dans l’art du corps.
Aj Dirtystein, plasticienne, performeuse et doctorante en Arts représente la transgression du corps féminin à travers des performances atypiques et totalement hallucinantes.
Pour ceux qui se rappellent, sur l’ancienne versions de sadique-master (car il y a déjà eu 4 versions) j’avais déjà fait un article beaucoup plus général sur Ron Athey et ses performances extrêmes ainsi que sur les artistes du spectacle live « Visions of Excess ».

Mais ici nous allons principalement nous centrer sur Aj et sur une de ses performances fort transgressif intitulé Accords perdus qu’elle aura l’aménité de  présenter elle même  à travers un texte spécialement rédigé pour sadique-master décrivant cette performance exceptionnelle, symbolique, puissante et parfois plutôt étrange.
Revenons aux rîtes Païens et renversons  les valeurs judéo-chrétiennes.

Quelques mots de l’artiste

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Accords Perdus, Souterrain Porte VII, Totem, Nancy, Septembre 2013. (Par Simon D.).

Accords perdus est une performance réalisée en 2011 et jouée dans de nombreux lieux (galerie, théâtre, bunker de la Demeure du Chaos…). La mise en scène de quatre actions dans un seul espace fournit matière à une narration visant à déconstruire le schéma hétérosexuel normatif et invite à faire « voyager » le spectateur à travers un personnage qui est une jeune mariée. Elle engage une quête à la fois spirituelle et politique pour arriver jusqu’à une mort symbolique. Elle se construit d’une certaine façon un nouveau corps en se purifiant de tous les masques sociaux que l’éducation ou la norme bien-pensante a pu lui infliger. C’est alors que commence une série de rituels païens, ayant pour but de sortir du carcan judéo-chrétien et de ses codes, mais également de rentrer dans une nouvelle définition du corps féminin, loin des représentations patriarcales. Des litres de latex liquide, de sang animal, de miel ou encore des centaines d’oeufs brisés deviennent de nouvelles peaux, nouvelles couches, symboles de résistance et lâcher-prise à la fois

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Accords Perdus, Borderline Biennale, à la Demeure du Chaos, Septembre 2011. (Par B. Atlan).

Au départ, la jeune femme est dans une baignoire, pieds reposant sur les bordures, robe et voile blancs immaculés et silence de mort. Une sculpture d’un vagin géant est située au-dessus de sa tête. Un jeune homme entre en scène : voix cristalline de contre-ténor interprétant « Cara Sposa » de Haendel. Il se dirige vers elle, afin de s’unir à elle symboliquement par le contrat/sacrement du mariage. Mais la sculpture-vagin se met à couler et déverse sept litres de sang sur la robe de mariée, la baignoire se remplie. Elle en sort et tente de rejoindre son futur mari mais n’y arrive pas : chaque pas vers lui se transforme en une chute violente sur le sol. La mariée choisie alors de s’enfuir sans lui.

Destruction de la robe, symbole de contrat marital et oppressif, à travers un strip-tease au couteau sur le son d’Igorrr. S’en suit une destruction de trois-cent oeufs de poule à coups de chaussures de ballet fétichistes. Sol glissant, chutes violentes sur le lourd et métallique de Sacha Bernardson en live, construisant un univers sonore à partir des bruitage du corps de la jeune femme. Le corps qui percute le sol devient une chorégraphie vacillante entre désespoir et obstination. Les talons, symbole de puissance et de fragilité, brisent leur reflet séculaire matérialisé par les oeufs, à la fois gluants, glissants et dangereux mais aussi vulnérables et inoffensifs puisque morts-nés…

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Accords Perdus, Galerie G8, Toulouse, Mars 2011.

Puis entre en scène une femme vêtue d’un kimono rouge. Elle se déshabille et enfile un masque de louve ainsi qu’une queue du même animal posée sur un plug anal. Elle s’approche de la mariée avec un jeu de cordes. Il s’agit de Satomi Zpira, performeuse shibariste et dominatrice. Scène langoureuse, sensuel et brutale à la fois, Satomi exécute chaque geste avec une précision chorégraphique et la jeune mariée prend la parole entre deux souffles écrasés par les cordes pour soulever quelques points politiques à travers les mots acides de la cynique Virginie Despentes. Jeux de cordes puis recouvrement de miel, Satomi enrobe la jeune mariée et la suspend à deux mètres au dessus du sol.

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Accords Perdus, Borderline Biennale, à la Demeure du Chaos, Septembre 2011. (Par B. Atlan).

Un silence se fait entendre : seules les gouttes de miel percutent le sol. Un jeune homme entre en scène : Mahdi Sehel, danseur contemporain. Il fait un strip-tease dans le silence bercé par les perles de matière collantes et coulantes sur son torse. Corset et bas blanc, talons rouges vernis et verge exhibée, Mahdi incarne une version queer de Marie-Madeleine, embrassant les pieds de la mariée pendue, se faisant baptiser par ses larmes de miel. Une fois détachée, la mariée racle son visage au couteau et distribue des tartines de miel au public. Elle fini par arracher une fine couche de latex posée sur sa peau, symbolisant son épiderme. En faisant des « fleurs de peau » avec, qu’elle dépose sur une gerbe de fleur, elle termine son rituel par une mort, symbole d’un renouveau. Dépouillée de tout : son statut social, son mari, sa robe, sa virginité (en rencontrant la louve), son corps de femme-bien-comme-il-faut jusqu’à sa peau, la protagoniste est prête à affronter la vie dans toute sa beauté et son ivresse, loin des stéréotypes et des oppressions liés à son sexe ou à sa sexualité.

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Accords Perdus, Souterrain Porte VII, Totem, Nancy, Septembre 2013. (Par Simon D.).

Le contre ténor revient pour interpréter le Stabat Mater de Vivaldi que Mahdi Sehel accompagne en exécutant un ballet dans le reste des oeufs broyés. Respirations exagérées, musculature lubrifiée par les oeufs, crachats de sang et mouvements précis, Mahdi meurt à son tour en se brisant lui-même sur les coquilles vides.

La jeune mariée symbolise le renversement des codes, du féminin blanc, propre et bien coiffé ; d’elle, on passe à une extrême représentation souillée, dépecée, sexuelle et cadavérique à la fois. D’un non-dit, d’un tabou et d’une représentation sublimée par le chant on accède aux mots, à la prise de parole (par un extrait de King Kong Théorielors de l’encordage), à l’engagement déterminé et aux choix de vie hors-normes. Elle devient cette femme « qui sait », indomptable et sûre d’elle, et laisse mourir l’ancienne femme salie par les modèles établis, les tabous, les interdits et les convenances. Ce revers cherche à travers la souillure des corps à sublimer et donner un sens aux signes que l’humanité tente de taire.

Performance : A.j Dirtystein
Musiciens : Igorrr et Sacha Bernardson
Danseur : Mahdi Sehel
Chanteur : Ruben bissoli
Shibariste : Satomi Zpira

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Accords Perdus, Galerie G8, Toulouse, Mars 2011.

Et pour plus encore, ici, visionnez le trailer de Accords perdus :

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Lors d’une autre de ses performances au cabaret rouge intitulé « Post erotisme », Aj nous montre encore que l’art du corps n’a pas de limites et ajoutera :

Au bout de quatre jours à performer intensément tous les jours, avec une centaine d’aiguilles plantées sur le corps, une grosse prise d’aspirine pour fluidifier tout ça, il est intéressant de noter que je ne saigne pas. Pas une goutte. Rien. Je suis un zombie.

Pour plus d’infos, rendez vous sur son site : http://www.ajdirtystein.com/

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One Response to Aj Dirtystein (plasticienne, performeuse) + Zoom sur Accords perdus

  1. Dave Maurin says:

    Ah tient, j’ai vu une de ses performances live à la soirée fin du monde l’année dernière à Toulouse, et la semaine dernière je commençais juste à me renseigner à son sujet..
    Je lirais tout ça demain 🙂

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