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12 documentaires choc et étranges incontournables

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Sur Sadique-master il est coutume d’élaborer un top 20 des meilleurs films de chaque année, et ce depuis déjà 2013.  Sans se baser sur une régularité annuelle, nous voulons approfondir un format trop rarement exploité : le documentaire.
Tout comme les longs métrages fictifs les plus obscures, ils fleurissent quelque part à l’ombre des projecteurs et nous allons ici les centraliser. Nous exclurons volontairement quasiment tous death movies et mondos car s’y plonger implique d’aborder une multitude d’œuvres trop spécialisées pour cette  liste. Pour ceux cependant qui s’intéressent à ces deux genres ainsi qu’aux shockumentaries les plus déviants dans un sens plus large, je vous invite à lire mon livre Sadique-master qui traite le sujet avec davantage de précisions. Les documentaires de cette liste présentent des thématiques similaires à celles abordées fréquemment dans les longs métrages fictifs que nous évoquons déjà sur le site.

The Act of killing (Joshua Oppenheimer) (2012)
 Lorsque Joshua Oppenheimer se rend en Indonésie pour réaliser un documentaire sur le massacre de plus d’un million d’opposants politiques en 1965, il n’imagine pas que, 45 ans après les faits, les survivants terrorisés hésiteraient à s’exprimer. Les bourreaux, eux, protégés par un pouvoir corrompu, s’épanchent librement et proposent même de rejouer les scènes d’exactions qu’ils ont commises. Joshua Oppenheimer s’empare de cette proposition dans un exercice de cinéma vérité inédit où les bourreaux revivent fièrement leurs crimes devant la caméra, en célébrant avec entrain leur rôle dans cette tuerie de masse. « Comme si Hitler et ses complices avaient survécu, puis se seraient réunis pour reconstituer leurs scènes favorites de l’Holocauste devant une caméra », affirme le journaliste Brian D. Johnson.

Une plongée vertigineuse dans les abysses de l’inhumanité, une réflexion saisissante sur l’acte de tuer ainsi qu’un véritable tour de force où Joshua Oppenheimer parvient à intervertir les rôles afin d’enclencher un processus d’empathie par identification. Véritablement édifiant.

 

Jesus camp (Heidi Ewing, Rachel Grady) (2006)
Des familles évangéliques représentant une force électorale influente portent leur voix de plus en plus fort dans la vie culturelle et politique Américaine.  
Elles préparent non seulement le retour de Jésus, mais elles s’apprêtent également à « reprendre le pouvoir en Amérique au nom du Christ », entraînant avec elles leurs enfants.
Des enfants qui attendent de recevoir la parole divine, et s’agitent, en transes, comme possédés, quand l’Esprit-Saint parle en eux ; des mômes qui maudissent Harry Potter – parce qu’un héros sorcier est une chose sacrilège ; des gamins qui vénèrent le leader de leur pays, et embrassent son effigie en carton…

Une immersion dérangeante au cœur du fondamentalisme religieux le plus effrayant. Des enfants insouciants embarquent pour un camp d’été durant l’année 2005 afin d’être lobotomisés par des fanatiques déments qui les entraînent dans leur folie.

 

– Der unfertige (Jan Soldat) (2013)
Avec ce documentaire, Jan Soldat nous offre le portrait troublant de Klaus Johannes Wolf, esclave sexuel de 60 ans. Enchaîné à un lit, nu, face caméra, il nous confesse ses décisions et ses motivations.

Thématique atypique pour suivre la vie de couple de sexagénaire et plus spécialement de Klaus, cet homme qui continue à transcender la vie à un âge où la libido et le rythme quotidien sont habituellement réduits à néant. L’approche réaliste et crue de Jan Soldat peut déconcerter les plus étrangers au sujet, mais la personnalité décomplexée et les propos philosophiques de Klaus touchent une corde sensible et attribuent une profondeur fascinante à ce documentaire.

 

– Hated: GG Allin and the Murder Junkies (Todd Phillips) (1993)
Hated est un documentaire sur la vie du célèbre rocker punk GG Allin considéré à ce jour comme l’artiste de scène le plus transgressif qui soit. Véritable icône de la débauche, il était connu pour ses comportements agressifs et ses shows excessifs (scatophilie et urophilie sur scéne, bagarres, agression du public, et toutes sortes d’obscénités).

En avance sur tous, GG Allin avait déjà bravé tous les interdits. Ce documentaire montre le personnage torturé sans cesse tiraillé par ses démons et ses pulsions qui considère la musique comme une ultime catharsis qui le retient de tuer des gens. On le suit dans sa folie et découvre son univers mythique, une ouverture sur les portes de l’immoralité.

–  Atlas (Antoine d’Agata) (2013)
Parti à la rencontre des prostituées du monde entier, Antoine d’Agata, figure majeure de la photographie contemporaine, s’est mêlé à leurs nuits, leurs drogues, leur vie. Des bas-fonds du monde, il montre ici la trace de ses expériences paroxystiques.
Dans des chambres d’hôtel ou des bidonvilles, des salles de bain ou des hammams, dans les rues désertées, ces femmes évoquent en voix-off leur solitude, leur rapport au désir et aux hommes, leur peur de la vie, de la mort ou de la maladie. Elles laissent le cinéaste filmer ses copulations avec elles, leurs masturbations, leurs montées narcotiques et leurs violentes descentes. Du Cambodge à Cuba, de l’Inde à la Norvège, du Mexique au Japon, il enregistre les gestes des femmes, mais aussi leurs mots.

Des fragments de vies douloureux; une vision d’un monde marginal aussi dérangeante que nécessaire, où la chair apparaît comme le seul remède contre la mort

 


– The Video Diary Of Ricardo López (1996) (Sami Saif)
Chroniques des derniers jours de Ricardo Lopez aussi surnommé « Bjork stalker » pour son obsession malsaine envers la chanteuse Islandaise Björk à qui il envoie une bombe en 1996. Défavorisé social et diagnostiqué de multiples troubles mentaux, ses derniers jours retracés en vidéo montrent son autodestruction et sa déchéance progressive autant physique que psychologique jusqu’à son suicide lui aussi enregistré dans son appartement miteux.

Véritable journal intime nihiliste, l’assemblage de Sami Saif n’est autre qu’un condensé brut des 22 heures d’enregistrements (aussi disponibles à part) concentrées en 1 heures 40 de Ricardo Lopez, un homme intelligent mais malade qui se déteste et qui malgré le soutien psychologique de sa famille et les médicaments ne parvient pas à sortir de sa sinistre dépression.
Ces vidéos servent désormais d’études pour les comportements dépressifs et autodestructeurs extrêmes ainsi que l’illusion qui les accompagne. Loin d’un aspect racoleur ou sensationnaliste, The Video Diary of Ricardo Lopez dérange par sa forme intrusive et choque par la profondeur douloureuse de ses propos comme de ses images.

 

–  Sous-sols aka Im Killer (2015) ( Ulrich Seidl) ainsi que tous les documentaires de Ulrich Seidl.
C’est un film qui parle des gens et des caves, et de ce que les gens font dans leurs caves.
C’est un film sur les obsessions.
C’est un film sur une fanfare et les airs d’opéra, sur les meubles qui coûtent cher et les blagues désuètes, sur la sexualité et les salles de tir, sur la santé et le nazisme, sur les fouets et les poupées (traduction originale de la description du réalisateur pour garder le « style »).

Comme déjà depuis Animal love (1992) ou Models (1999) Ulrich Seidl s’insinue dans le quotidien de personnages marginaux en exploitant librement leurs singularités, leurs déviances. Documentaliste de l’étrange et réalisateur hors pair, il immortalise des faits, des vérités, des moments insolites, tristes, drôles, sombres et dresse des tableaux paroxystiques aussi bizarrement humanistes que déconcertants.

 

Black metal veins (2012) (Lucifer valentine)
Documentation sinistre en plongée dans le quotidien de cinq jeunes (liés au milieu du metal extrême) en décrépitude physique et mentale vivant dans leur appartement et désormais tombés sous l’emprise des ravages de l’héroïne. Nous y suivons leurs histoires entrelacées de peines, des douleurs, de pertes, et de l’abandon de leur propre esprit dans la toxicomanie infernale.

Bien éloigné de la tétralogie Vomit Gore, Lucifer Valentine démontre avec ce documentaire son obsession infaillible pour l’autodestruction et la souillure. Chaque protagoniste (réel) s’étiole au gré du tournage du documentaire, et l’un d’eux meurt même d’overdose face à la caméra tandis que les autres ne semblent en avoir pour beaucoup plus longtemps et persistent dans leur cauchemar éveillé auquel le spectateur est témoin.

 

Tititcut Follies (1967) (Frederick Wiseman)
Interdit par la censure américaine de 1967 à 1991, Titicut Follies, le premier film documentaire de Frederick Wiseman, montre sans détours l’effroyable quotidien vécu par les détenus de l’hôpital psychiatrique de Bridgewater incarcérés dans des bâtiments vétustes et des conditions d’hygiène inhumaines.

En déambulation dans les couloirs de ce lieu, Wiseman s’aventure en roue libre dans la folie de cet endroit anxiogène où les détenus livrés à eux-même ou aux sévices du personnel tentent tant bien que mal d’évoluer sans se laisser périr. Aucune interview, aucun entretien, Wiseman ne fait qu’enregistrer ces moments de réalité dans un noir et blanc au grain adéquat. Il fut d’ailleurs accusé de pornographie pour avoir filmé des patients nus sans leur autorisation. Une satire abrasive de la psychiatrie archaïque.

 

Sick : the life and death of Bob Flanagan, Supermasochist (1997) Kirby dick)
Se sachant atteint d’une maladie douloureuse et incurable, Bob Flanagan va soulager le mal par le mal. Ce documentaire met en scène des pratiques extrêmes dans lesquelles le sujet atténue la douleur de la maladie en se livrant à la douleur orgiaque.

Comment vivre lorsque nous sommes un mort en sursit et que notre fin est programmée ? Pour répondre à cela, Kirby Dick suit Bob Flanagan au quotidien; cet homme charmant et sensible à l’humour décalé (jusqu’à utiliser la dérision sur sa propre mort) qui transcende sa condition terminale par le plaisir de la douleur. Ainsi, il entremêle l’art, la maladie et le masochisme jusqu’à son inéluctable final afin de vivre sans conditions, sans concessions. Aucune limite aux pratiques exercées sur son corps par lui-même ou sa maîtresse, Flanagan utilise la douleur et son masochisme comme une thérapie extrême.

 

ChickenHawk: Men Who Love Boys (1994) (Adi Siderman)
Immersion au cœur de l’association la plus controversée des Etats-unis :La NAMBLA (North American Man/Boy Love Association). Ensemble, ils militent clandestinement pour une révision de la majorité sexuelle et de l’âge du consentement. Ils échangent sans complexe autour de leurs expériences liées à la pédophilie et développent leur psyché.

Depuis sa sortie, ChickenHawk a fait l’objet de projections pour le FBI, les départements de criminologie universitaires et d’autres organismes du même type.
Avec une certaine neutralité, Adi Siderman s’entretient avec les membres dans différents contextes et traite de toutes les conséquences que peut causer la participation à un mouvement tel que celui-ci. La frontalité du propos peut désarçonner, car jamais ce sujet n’aura été traité si directement et de façon si complète.

 

Dead hands dig deep (2016) (Jai love)
Une descente en apnée dans la folie d’Edwin Borsheim et du groupe de métal Kettle Cadaver aux shows absolument déments.

Force est de constater que GG Allin ne fait pas figurer unique dans la dépravation scénique et  le désordre mental. Sur scène, Borshein pratique autant la copulation avec une carcasse de coyote mort que de l’automutilation extrême jusqu’à la crucifixion génitale. En coulisses, dans sa maison des horreurs, il nous parle de la genèse du mal; bouleversé par le suicide de son père, les sévices de son beau-père et l’overdose de son frère…

 

– Tinam (S.M)

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